Comment résumer la musique d’un si vaste pays comme l’Argentine ? C’est quasiment mission impossible ! (d’ailleurs, en parlant de Mission impossible, sais-tu que le générique du film provient d’un compositeur argentin ?)
Cela dit, comme j’aime me lancer des défis, je te propose ici un panorama de tout ce que la scène musicale de ce magnifique pays a à offrir. Elle a eu sans conteste un immense rayonnement dans toute l’Amérique latine, où il n’est pas rare d’entendre par exemple un grand classique du pop/rock argentin.
Sans être encore allée dans ce pays, c’est clairement un de ceux qui m’ont apporté les plus belles découvertes en matière de musique !
Musique traditionnelle :
L’Argentine est riche d’une multitude de genres traditionnels, dont il est parfois difficile de déterminer lequel a influencé l’autre, tant ils peuvent être intriqués.
L’exercice est donc difficile, mais j’ai néanmoins essayé de réunir ici les principaux styles de musique folklorique, et d’en résumer les origines (souvent le nord-ouest argentin !) et les principales caractéristiques (rythme, chorégraphie…). Un foisonnement et une diversité qui ne peuvent manquer de fasciner !
Je t’en présente également plusieurs grands interprètes, lesquels ont assurément eu une influence majeure sur les générations qui ont suivi, en particulier les artistes de la Nueva Canción (cf. section suivante).
Genres musicaux :
Le TANGO :
Lorsqu’on parle musique et danse en Argentine, on pense d’abord souvent au tango.
Le tango est réputé être né à partir des années 1850 dans la région du Río de la Plata (Buenos Aires et Rosario en Argentine, Montevideo en Uruguay). Il puise néanmoins ses racines en amont, dans la communauté noire issue de l’esclavage. Le tango désignait initialement l’endroit où les négriers enfermaient les esclaves avant d’embarquer, puis le lieu où on les vendait. Leurs musiques et leurs danses constituent un pilier de la genèse du tango, même s’il n’est pas le seul.
En effet, le tango est le résultat d’un métissage complexe de rythmes africains (milonga, murga, candombe…) mais aussi latino-américains (notamment l’habanera), ainsi que de plusieurs genres musicaux apportés par les immigrants européens (polka, mazurka, scottish, valse…). Il est le fruit d’allers-retours entre communautés et entre pays. La France, en particulier, a adopté le tango très rapidement au début du 20ème siècle, ce qui a favorisé son essor dans les milieux bourgeois en Argentine et en Uruguay.
C’est également au cours de cette période que le tango dansé a évolué. Son tempo a ralenti, lui permettant ainsi de se distinguer de la milonga, et des pas plus complexes ont fait leur apparition. Dans les années 1930, le tango est également devenu chanté sous l’influence de CARLOS GARDEL qui, sans aucun doute, fut son interprète le plus célèbre. Mais il existe de nombreuses autres voix associées au tango : Libertad Lamarque, Roberto Goyeneche, Edmundo Rivero, Hugo del Carril, Julio Sosa, Angel Diaz, Amelita Baltar, Adriana Varela, Maria Volonté, Alfredo de Angelis, Edgardo Donato…
Le tango a connu son âge d’or jusque dans les années 1950. Durant cette période, les orchestres se sont multipliés et plusieurs chefs d’orchestre se sont distingués, parmi eux ANIBAL TROILO, CARLOS DI SARLI, OSVALDO PUGLIESE ou encore le prolifique FRANCISCO CANARO (né en Uruguay, mais naturalisé argentin en 1940). Le tango a ensuite souffert d’un lent déclin, et ce jusque dans les années 1980. Il a en particulier subi l’influence nouvelle du rock et de la pop, a également été victime de l’instabilité politique (coups d’état militaires, dictature…). Il renaît progressivement de ses cendres dans les années 1990 grâce à l’engouement européen, séduisant alors de nouveau les jeunes argentins. Depuis 2009, il est inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
L’instrument principal du tango est sans conteste le bandonéon (accordéon à clavier latéral). Les formations musicales de tango sont à taille variable : elles peuvent aller d’un bandonéon seul à un orchestre de 30 musiciens. Un quatuor typique de tango (orquesta tipica) se compose d’un bandonéon, d’une flûte, d’un violon et d’une guitare. Il existe aussi le sexteto tipico, constitué de deux bandonéons, deux violons, un piano et une contrebasse. Les morceaux de tango se composent généralement de mesures à deux ou quatre temps, mais il existe en réalité des tempos variés.
En Argentine, on danse traditionnellement le tango dans les milongas (à ne pas confondre avec le genre musical). Il se danse en couple, l’homme guidant la femme de façon improvisée. S’il n’existe pas vraiment de figures ou de pas imposés, le tango demeure néanmoins une danse très structurée, avec plusieurs éléments techniques qui peuvent être pratiqués de manière différente selon les styles et les écoles (milonguero, canyengue, orillero…). S’il est une constante, c’est le fameux abrazo, par lequel se transmettent l’énergie et l’harmonie entre les deux partenaires.
L’un des compositeurs les plus célèbres de tango (et célèbre bandonéoniste) se nomme ASTOR PIAZZOLLA, et je ne me lasse jamais de l’écouter. Je te partage ici un de ses morceaux intitulé Libertango, très connu, dont je te suggère aussi d’aller écouter la version interprétée au piano par les merveilleuses sœurs Buniatishvili. Tu trouveras également une chanson de CARLOS GARDEL, ainsi qu’une démonstration de tango dansé, à la fois élégante, sophistiquée et pleine de sensualité.
La VIDALA :
Elle est originaire du nord-ouest argentin, dans la région de Salta et Jujuy. Tout comme la baguala (cf. ci-après), elle fait partie des genres musicaux qui composent le canto con caja, lequel est partie intégrante des festivités et cérémonies andines. Influencée par la culture inca et la Bolivie voisine, la vidala est considérée comme le premier genre folklorique de l’Etat argentin, étant née en même temps que lui. La vidala fusionne les traditions sacrées ancestrales des peuples andins (notamment les rites en hommage à la Pachamama, la terre-mère) avec celle du carnaval d’Europe.
La vidala est une musique lente, s’appuyant souvent sur un rythme en deux temps, et qui fait intervenir une notion de connexion à l’univers, à la terre et au ciel. Elle n’est généralement pas dansée et n’obéit pas à une structure vraiment définie. Autrefois chantée en langue précolombienne comme le quechua, elle l’est désormais en espagnol, par une seule personne ou en petits chœurs à une ou deux voix. Elle repose principalement sur la fameuse caja, petit tambour plat à deux membranes frappé avec des mailloches, parfois accompagnée d’une guitare. La caja est quelquefois remplacée par le bombo legüero, un grand tambour en bois et en peau de chèvre.
La BAGUALA :
La baguala a des origines préhispaniques. Elle est née parmi les communautés indigènes des vallées Calchaquies (diaguitas), situées dans la province de Salta au nord-ouest de l’Argentine, à l’extrême sud de ce qui était autrefois l’empire inca.
C’est un genre musical non dansé, uniquement chanté. Traditionnellement, la baguala est chantée par un seul homme qui s’accompagne d’une caja, d’autres personnes jouant parfois de mailloches (baguettes dont l’extrémité est terminée par une boule recouverte de peau) et d’un erke (sorte de trompe andine qui rappelle un peu le cor des Alpes). Une guitare est parfois également présente.
La musique de la baguala obéit à un rythme ternaire plus ou moins rapide selon le style (baguala corta, baguala arga, baguala chaqueña). La mélodie fait intervenir plusieurs grands écarts de notes, graves en voix de poitrine et aiguës en voix de tête. Les paroles se composent d’octosyllabes et sont généralement emplies de mélancolie.
La ZAMBA :
La zamba est une danse du nord de l’Argentine, apparue au 18ème siècle, et qui aurait contribué à la naissance à la zamacueca péruvienne (à moins qu’elle ne provienne de celle-ci).
Cette danse très expressive, sensuelle et provocatrice, qui simule la rencontre entre deux êtres, obéit généralement à un rythme en 3/4, en 6/8 ou mixte. La chorégraphie fait usage de mouchoirs et présente trois figures différentes : la vuelta entera, la vuelta media et l’arresto.
Il en existe plusieurs variantes : la zamba carpera (dont les sonorités sont similaires à celles de la chacarera cf. ci-après, et qui se joue principalement avec un bandonéon, sur un rythme plus léger), la zamba alegre (plus dynamique et laissant plus de liberté aux danseurs, qui jouent aussi de la castagnette), la zamba de Vargas et la zamba Refalosa.
Très présente à Salta, elle m’a envoûtée !
Le CARNAVALITO :
Il s’agit d’une danse aux origines précolombiennes, qui était pratiquée collectivement par les indiens Quechua de l’Altiplano, avant de se convertir également en danse de couple.
Le carnavalito est aujourd’hui surtout présent dans les provinces de Jujuy et de Salta au nord-ouest et annonce notamment l’arrivée du carnaval. On le retrouve aussi dans le nord du Chili, dans l’ouest de la Bolivie, à plusieurs endroits du Pérou et dans le sud de la Colombie.
La musique, joyeuse, s’appuie sur l’utilisation d’instruments traditionnels locaux comme le charango (petite guitare andine), la quena (petite flûte droite), le siku (flûte de pan), l’erke, la caja chayera et le bombo. La chorégraphie comprend plusieurs figures comme les roues, les sauts, les rangées, les ponts.
Le HUAYNO :
Le huayno est une musique folklorique très connue des Andes que l’on trouve au nord de l’Argentine, mais aussi au nord du Chili, à l’ouest de la Bolivie et au Pérou (sous la dénomination waynu). Il n’est pas clair si ses origines sont précolombiennes ou coloniales, mais il résulterait d’un métissage de musiques en provenance du Pérou (en particulier la marinera). Il en existe des styles très divers, en fonction des régions.
Les instruments principaux du huayno sont le charango, le requinto (petite guitare), la bandurria (sorte de luth), la guitare, la mandoline, la harpe et la quena. Certaines versions du huayno font également intervenir l’accordéon et des instruments à vent comme la trompette et le saxophone. Ses thèmes favoris sont la séduction galante, l’amour, la souffrance de la perte. La chorégraphie, très vive et dynamique, s’appuie tout comme la zamba sur l’utilisation de mouchoirs et la démonstration de zapateados (claquements de talon semblables à ceux du flamenco espagnol).
Le GATO :
Le gato est une danse originaire du nord de l’Argentine, qui a ensuite rayonné dans tout le pays, jusqu’à s’exporter en Uruguay, au Paraguay, au Chili et en Bolivie.
Il s’appuie sur l’utilisation d’instruments comme la guitare, le violon et le bombo legüero et se danse en couple. Il s’agit d’un rythme vivant et joyeux, par lequel les deux partenaires décrivent un jeu de séduction élégant et discret. La durée des morceaux et la chorégraphie connaissent des variantes selon les régions.
Le BAILECITO :
Né au sud de la Bolivie dans la région de Chuquisaca, le bailecito s’est ensuite étendu, à la fin de la période coloniale, à l’Argentine, en particulier dans le nord-ouest et le centre du pays. Il s’agissait pour les populations créoles de l’époque de s’affranchir des influences européennes et indigènes en les fusionnant dans un nouveau genre musical.
Le bailecito est traditionnellement joué sur un tempo ternaire, accompagné par le charango, la guitare et plusieurs tambours. C’est une danse interprétée par plusieurs couples indépendants, munis de mouchoirs et décrivant des pas empreints de grâce et de coquetterie.
La CHACARERA :
Elle provient de la province de Santiago del Estero. C’est une des danses indigènes les plus populaires d’Argentine. Elle ferait partie d’un genre plus large appelé zamacueca, né durant l’époque coloniale au Pérou. Les esclaves africains venaient de Lima, et auraient apporté avec eux les traditions de la marinera, une danse de la côte péruvienne, dont la chacarera serait dérivée. Mais elle aurait aussi emprunté les pantomimes amoureuses de certaines danses européennes.
La chacarera était originellement dansée dans les campagnes, avant de se répandre également dans les villes grâce à l’arrivée des migrants européens. Sa notoriété a commencé à croître dans les années 1960, notamment grâce à l’influence des groupes Los Chalchaleros, Los Fronterizos, Los Tucu Tucu (cf. ci-après), Los Kari Huainas et la famille Carabajal (plusieurs générations de chanteurs et musiciens de chacarera). Elle s’est même exportée dans la région du Chaco bolivien (sud-est de la Bolivie).
Les instruments principaux de la chacarera sont la guitare, le violon et la grosse caisse. Elle peut être purement instrumentale ou chantée. Il en existe deux types, simple ou double, avec une structure identique mais des différences de durées et de rythmes. La danse est rapide, et met en scène plusieurs couples effectuant des tours et des rondes, et faisant usage de fréquents zapateados.
Quand j’étais à Salta, dans le nord-ouest de l’Argentine, c’était un des rythmes les plus joués, et l’un de ceux qui m’a laissé les souvenirs les plus mémorables !
La CUECA :
La cueca est un genre musical et une danse folklorique nés à la fin du 18ème siècle au Chili. Ses origines sont incertaines et ont donné lieu à plusieurs théories. Elle pourrait provenir d’Espagne, tirant ses racines de la zambra (chant espagnol de flamenco) ou du fandango (danse traditionnelle andalouse). Elle pourrait avoir été apportée par les esclaves africains du Chili. Enfin, elle pourrait être liée à la zamacueca péruvienne.
En tout état de cause, c’est une danse qui, dès ses débuts, a connu le succès tant dans les milieux aristocratiques que plus modestes. Au 19ème siècle, elle s’est peu à peu répandue dans les cantinas et chinganas, des lieux de divertissement populaire, puis dans les salles de spectacles et les restaurants. D’abord présente au Chili, elle s’est exportée également en Argentine, en Bolivie, au Pérou et en Colombie, sous des noms variables (elle est également connue sous le nom de chilena en Bolivie ou de marinera au Pérou).
Selon les régions, la cueca peut varier en termes de rythme et de chorégraphie. Elle est généralement basée sur une tonalité mineure et un tempo en 6/8 (ou 3/4), avec 14 vers divisés en 4 strophes. En Argentine, la cueca cuyana (de Cuyo) est principalement chantée, accompagnée par une guitare. Il existe également une cueca norteña (ou chilena) dans le nord-ouest du pays et en Bolivie. Dans sa version chilienne, la cueca est jouée avec la guitare mais aussi d’autres instruments à cordes pincées (harpe, guitarrón) et des instruments à percussion tels que le pandero (tambourin) et le tormento (idiophone prenant la forme d’une table en bois que l’on vient frapper avec les mains).
La cueca se danse en couple, avec des tours et demi-tours et des mouchoirs dans la main droite. Elle symbolise les étapes de séduction de la femme par l’homme. Les danseurs sont libres de choisir leurs pas, et ont notamment recours aux zapateados, avec parfois des sauts et des rebonds.
Le CHAMAME :
C’est un genre musical originaire de Yapeyú, dans la province de Corrientes. Il est également joué dans certaines régions du Paraguay et du Brésil. Il est réputé comme une musique de gauchos, ces gardiens de troupeaux de la pampa (plaines sud-américaines). Il est inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis décembre 2020.
Il s’agit d’un mélange de musiques des Indiens Guarani (emprunt à une de leurs cérémonies sacrées nommées « Jeroky ñembo’e », visant à connecter les hommes avec les dieux et le monde animal), des esclaves africains, des jésuites espagnols (danses de cour telles que la gallarda, la pavana et le canario) et des immigrants italiens et allemands.
Aujourd’hui, les instruments principaux du chamamé sont l’accordéon et la guitare. Contrairement au tango, auquel il peut parfois faire penser, il reste très lié à la campagne. Son représentant le plus célèbre est RAUL BARBOZA.
Originellement à caractère religieux, le chamamé s’est converti en danse de couple festive et joyeuse, sur un rythme ternaire 6/8. Son exécution ne suit pas une chorégraphie stricte. Elle comprend plusieurs changements de pas et de figures, ainsi que des zapateados.
Le CUARTETO :
Le cuarteto (ou tunga-tunga) est une musique traditionnelle née dans les années 1940 dans la ville de Cordoba, au centre de l’Argentine. Il résulte du mélange de danses provenant d’Italie (tarentelle) et d’Espagne (pasodoble) puis, plus tard, de rythmes d’Amérique du Sud (gaita zuliana, paseoc, jalaítob …).
C’était à l’origine une musique des classes populaires, créée par des membres de la classe ouvrière créole et dédaignée par les classes supérieures. Il était apprécié dans les campagnes, en particulier lors de fêtes locales. Comme son nom l’indique, il était joué par quatre musiciens (accordéon, violon, contrebasse, piano).
Il a fallu attendre le milieu des années 1980 pour que le cuarteto commence à bénéficier d’une audience et d’une acceptation plus larges. Ceci a été rendu possible grâce à l’influence de l’interprète MONA JIMENEZ (qui a présenté des chansons de cuarteto pour la première fois à Buenos Aires en 1988) puis celle de RODRIGO BUENO, probablement le plus célèbre et le plus populaire des chanteurs de cuarteto, qui a largement contribué à accroître sa notoriété au niveau national.
De nos jours, les formations de cuarteto peuvent atteindre une quinzaine de musiciens et présentent une plus grande variété d’instruments : à cordes (guitare et basse électriques), à vent (trompette, trombone, saxophone…) et à percussion (conga, tambora, timbaletas, guïros, batterie).
Le cuarteto est aujourd’hui souvent revisité. Les groupes les plus connus comme Tru-la-lá, Banda XXI, Sabroso ou La Barra jouent un sous-genre appelé « cuarteto moderne », qui opère une fusion du cuarteto avec le rock et le ska. Il existe un autre sous-genre, le merenteto, qui est un mix entre cuarteto et merengue.
Le MALAMBO :
Il s’agit d’une danse des peuples autochtones de la pampa et de la Patagonie argentines (gauchos), qui s’est ensuite étendue à tout le territoire en subissant quelques adaptations, notamment en termes de tempo, d’habillement et de techniques chorégraphiques. Elle se pratique encore beaucoup dans les festivals et concours de danse folklorique.
La musique du malambo est uniquement instrumentale, avec en général une ou plusieurs guitares et un bombo legüero, parfois un bandonéon, un violon ou une flûte.
La chorégraphie est généralement le fait d’un seul danseur. Elle fait appel à des techniques difficiles, se caractérisant principalement par une série de zapateados. Ceux-ci dépendent de chaque danseur et n’obéissent à aucune règle préalable, à l’exception du principe de l’ida y vuelta, qui consiste à répéter le dernier zapateado exécuté en marquant chaque temps avec l’autre pied que celui qui a été utilisé précédemment.
La PAYADA :
Il ne s’agit pas d’une danse, mais d’un art poétique issu de la culture espagnole, fondé sur une récitation improvisée en rimes, et qui fait partie intégrante de la culture gaucho en Argentine, en Uruguay, au Brésil et au Chili.
La payada est accompagnée d’une guitare dont les cordes sont pincées. Elle est généralement récitée par un seul payador ou en duo (« payada avec contrepoint », dans laquelle les payadores se posent des questions et se répondent mutuellement), plus rarement à plusieurs. Le caractère improvisé des vers, exclusivement octosyllabiques, se nomme repentización.
La récitation peut durer des heures, voire des jours, se poursuivant tant que les chanteurs sont en mesure de répondre aux questions de leur détracteur.
La musique MAPUCHE :
Les Mapuches sont un peuple autochtone amérindien présent dans la Cordillère des Andes, au Chili (région métropolitaine de Santiago, région des Lacs, Araucanie) et en Argentine (provinces de Neuquén, de Río Negro et de Chubut).
Ils ont connu une longue histoire de résistance, d’abord contre les tentatives d’expansion inca, puis contre les colons espagnols, les guerres de conquête militaire lancées par les Etats nouvellement indépendants (qui ont causé des milliers de morts et à l’issue desquelles les survivants mapuches ont été déportés dans des réserves), enfin contre un processus d’assimilation qui a pour résultat de faire progressivement disparaître leur culture.
Les premiers mapuches, chasseurs-cueilleurs en Araucanie vers 10 500 avant J.-C., avaient pour habitude d’accompagner les rites collectifs de chansons improvisées, a cappella ou basées sur l’utilisation de flûtes (en os ou en pierre) et d’idiophones divers.
S’y sont greffés progressivement des instruments à percussion comme le kultrun (demi-sphère en bois) et le kaskawilla (ou cascahuilla – bande ou ceinture de cuir attachée à la main, à laquelle sont fixées des cloches de bronze), ainsi que la trutruka (sorte de trompe au son fort et grave). L’emprunt d’instruments d’origine espagnole est rare, se résumant souvent à l’utilisation d’une trompette ou d’un clairon militaire.
Le chant mapuche a cette particularité de ne pas avoir recours à la versification métrique, mais bien plutôt à des formules ou à des mots répétés.
La MURGA :
La murga est une musique à caractère théâtral, jouée généralement dans des festivités comme le carnaval, les défilés ou les fêtes patronales. A l’origine, il s’agit d’une parodie des classes supérieures de la fin du 19ème siècle. Elle a été adoptée par plusieurs pays d’Amérique latine : Argentine, Uruguay, Chili, Colombie, Panama.
Il faut faire attention car le terme murga peut désigner, selon les pays, des genres de musique et de danse très différents et aux origines variables (Espagne, Portugal, Afrique). Ici, on parle de la murga qui a priori provient d’Espagne et est d’abord arrivée à Montevideo en Uruguay. Ses origines restent néanmoins un peu mystérieuses, puisqu’on lui prête aussi des racines africaines apportées par les esclaves noirs, en particulier le candombe, genre musical originaire de l’Angola joué principalement par les tambours.
La murga est généralement interprété par une formation musicale elle-même appelée murga, dominée par les instruments à percussion et comprenant également des danseurs (parfois sur échasses) et des fantasías (les personnes qui portent les banderoles, les parapluies, les poupées et les lance-flammes qui décorent les défilés, ou encore les jongleurs). Les musiciens et danseurs portent des redingotes hautes en couleurs et très caractéristiques. Les tempos et les arrangements diffèrent selon les régions.
Interprètes de musique folklorique :
LOS FRONTERIZOS est un célèbre groupe de musique folklorique qui s’est formé dans les années 1950 à Salta, dans le nord-ouest argentin. Son répertoire est d’une grande richesse de genres musicaux et s’appuie sur l’utilisation d’instruments traditionnels comme le charango (petite guitare andine), la quena (petite flûte) et le bombo legüero. S’il fut d’abord un trio, il a ensuite connu beaucoup de changements de ses membres. CESAR ISELLA a notamment rejoint le groupe pendant environ 10 ans, avant de le quitter pour divergences d’opinion politique. Le groupe s’est agrandi au fur et à mesure des années, s’enrichissant de nouveaux instruments (piano, percussions). C’est en participant à des programmes de radio à Buenos Aires que Los Fronterizos ont véritablement fait décoller leur carrière, laquelle durera 50 ans, avec de nombreux spectacles en Amérique latine, aux Etats-Unis et en Europe et plus de 30 albums à leur actif. Le groupe a été particulièrement admiré pour l’intelligence de ses arrangements musicaux et la combinaison de ses voix (alto, ténor, basse).
LOS CHALCHALEROS (mot qui désigne en espagnol les merles à ventre roux, oiseau du nord de l’Argentine) est également un groupe folklorique très connu, créé à Salta en 1948. Ils se sont fait connaître grâce à des reprises de thèmes folkloriques fameux, dans des genres aussi variés que la chacarera, la cueca, la zamba, le gato ou le chamamé. C’est dans les années 1970 que le groupe accède à la consécration au-delà des frontières de l’Argentine. Au final, tout comme Los Fronterizos, la carrière musicale du groupe s’est étendue sur plus de 50 ans, avec quasiment 50 albums à leur actif, et sa composition a aussi beaucoup changé au fil du temps.mmes.
CHAQUEÑO PALAVECINO est un chanteur de la seconde moitié du 20ème siècle, originaire de la province de Salta. Après une enfance et adolescence compliquée, marquée par la mort de sa mère et la nécessité de travailler notamment comme chauffeur d’autobus pour subvenir aux besoins de la famille, il s’est découvert une passion pour la musique et a démarré sa carrière en 1984 dans des peñas (bals populaires). Après avoir fondé successivement deux groupes, il se fait progressivement connaître en solo, mais la consécration ne vient que tardivement, à la fin des années 2000.
DUO SALTEÑO : Ce duo en provenance de Salta a été créé en 1967 sous la direction musicale de Gustavo Cuchi Leguizamon (cf. ci-après), avec deux guitares et deux voix (contre-ténor et baryton). Il gagne en popularité dans les années 1960 et 1970 grâce à sa participation au festival de Cosquín et indirectement au mouvement de la Nueva Cancion en proposant des chansons aux paroles socialement engagées.
LOS TUCU TUCU : Fondé à Tucuman en 1959, ce groupe (qui fut d’abord un trio) est l’un des plus représentatifs de la musique folklorique argentine. Il se composait de plusieurs voix, dont deux ténors qui occupaient le devant de la scène. Dès leur premier album, ils ont rencontré un grand succès, enchaînant les tournées en Amérique du Sud et en Europe. Los Tucu Tucu ont malheureusement connu une fin tragique en 2007, marquée par un accident de voiture qui a provoqué la mort de deux de leurs membres.
LOS TEKIS : Originaires de Jujuy, ils représentent le meilleur de la musique folklorique argentine, avec entre autres des compositions de huayno, de carnavalito et de bailecito, ainsi que l’utilisation d’instruments traditionnels tels que le charango, la quena, la zampoña et le siku (flûtes de pan) à côté d’instruments plus classiques (guitare, basse, batterie). Los Tekis se sont fait connaître au début des années 1990, d’abord dans le cadre du festival de la Serenata à Cafayate, puis du festival Cosquín en 1995.
LOS PUESTEROS : Leur naissance est atypique, puisque ce groupe des années 1990 a été fondé dans le cloître de l’école Sagrado Corazón. Ses membres ont entre 25 et 30 ans. Avec deux disques à leur actif, ils ont eu l’opportunité de se produire dans les provinces du nord et du centre de l’Argentine. Ils ont à cœur de valoriser des chansons de ces régions, les interprétant à leur façon, tout comme des morceaux originaux, mais toujours avec l’objectif de faire connaître la diversité de la musique folklorique argentine.
GUSTAVO CUCHI LEGUIZAMÓN : Né à Salta en 1917, Gustavo Cuchi Leguizamon s’est vu offrir une quena à l’âge de deux ans, puis s’est initié tout seul à la guitare, à la grosse caisse et au piano. Vers ses 25 ans, il a commencé à composer des morceaux de zamba, de chacarera, de baguala, de vidala et de carnavalito, sur des paroles du poète Manuel Castilla, mais aussi de Jorge Luis Borges ou de Pablo Neruda (entre autres). Donnant des concerts de clochers ou de locomotives, il a exploré toutes sortes de sonorités et de dissonances et remporté de nombreux prix.
HERNAN FIGUEROA REYES :
Également un grand nom de la musique folklorique argentine qui, une fois n’est pas coutume, est lui aussi né à Salta, dans un environnement artistique puisque sa mère était poète et comédienne. Chanteur et joueur de guitare, il a formé en 1960 son premier groupe, Los Huanca Hua, alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années. Ce groupe de cinq musiciens a eu le mérite de revisiter l’interprétation de la musique folklorique, notamment en composant des arrangements vocaux sophistiqués, souvent polyphoniques. Puis il s’est lancé dans une carrière solo, interprétant notamment des titres déjà existants et populaires, et a rapidement connu la consécration. Il est malheureusement mort prématurément à l’âge de 36 ans, dans un accident de voiture.
JAIME TORRES : Cet artiste né à San Miguel de Tucumán (nord-ouest argentin) de parents boliviens est une légende de la musique folklorique andine et en particulier du charango, instrument qu’il contribuera à faire connaître à travers le monde. Son interprétation de l’album Misa Criolla du compositeur Ariel Ramírez (cf. ci-après) lance sa carrière dans les années 1960, avec une première tournée réalisée en Europe qui l’a ensuite amené à jouer lors du spectacle d’ouverture de la Coupe du monde de football de 1974 en Allemagne. Il s’est produit sur de nombreuses scènes internationales, en Amérique latine, en Europe, au Canada, aux Etats-Unis, au Mexique, en Israël, au Japon, en Asie du Sud-Est, en Australie, et gagné de nombreux prix et reconnaissances pour son immense contribution à la musique traditionnelle argentine.
LES LUTHIERS : C’est un groupe atypique qui se distingue dans le paysage musical argentin par son identité unique. Il propose en effet des récitals fondés sur des paroles humoristiques et piquantes et l’utilisation d’instruments étonnants et sophistiqués qu’ils ont eux-mêmes fabriqués. Il s’est forgé une très grande notoriété dans tout le monde hispanophone, remportant au cours de leurs 50 années de carrière d’innombrables prix et décorations. Je te laisse apprécier une de leurs savoureuses compositions :
MARIANA CARRIZO : Chanteuse originaire d’une petite ville des vallées de Calchaquies, dans la province de Salta, Mariana Carrizo a été initiée très jeune à la musique, en particulier à la copla andine (chants traditionnels anciens du nord-ouest argentin, généralement improvisés en octosyllabes et interprétés quasi exclusivement par des femmes). Elle s’est retrouvée à se représenter sur scène dès l’âge de huit ans. Plus tard, elle a participé au plus important festival de musique traditionnelle du pays, le Festival Cosquín, où elle remporte un prix, et sorti la même année son premier album. Elle est aujourd’hui une importante représentante de la musique folklorique du nord-ouest argentin, en particulier de la copla qu’elle tente de préserver et de valoriser à travers des messages authentiques et engagés contre la violence, le machisme et l’injustice. Je te partage ici une chanson, Doña Ubenza, dont le court-métrage vidéo a été récompensé par de nombreux prix nationaux et internationaux et raconte la vie d’une femme dans les belles montagnes colorées du nord-ouest argentin, dont il montre aussi le caractère rude et inhospitalier.
GUSTAVO SANTAOLALLA est un de mes compositeurs préférés, et il est Argentin. Né dans la province de Buenos Aires, il s’est d’abord fait connaître dans les années 1990 comme producteur musical d’artistes et de groupes très importants, notamment Divididos et Bersuit Vergarabat en Argentine (cf. ci-après), Juanes en Colombie, Julieta Venegas, Café Tacvba, Molotov et Maldita Vecindad au Mexique. Mais Gustavo Santaolalla est lui-même un musicien accompli qui a composé de magnifiques mélodies. Plusieurs sont inspirées directement de la musique folklorique des Andes et mettent en valeur des instruments tels que le charango et le ronroco (deux petites guitares andines) ou la quena (petite flûte verticale) et la zampoña (flûte de pan). Son disque Ronroco, en particulier, a reçu beaucoup d’éloges (je te partage ci-dessous un de ses morceaux, De Ushuaia à la Quiaca, un petit bijou qui téléporte instantanément sur les sommets andins !). C’est grâce à cet album qu’il va ensuite être appelé à composer pour le milieu du cinéma. Il a ainsi contribué à la bande-son de nombreux longs métrages, notamment ceux du réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu, remporté deux fois l’Oscar de la meilleure musique de film, en 2006 pour Le Secret de Brokeback Mountain d’Ang Lee et en 2007 pour Babel d’Iñárritu. C’est également lui qui a composé la superbe musique du film Carnets de voyage de Walter Salles sur la jeunesse de Che Guevara.
Nueva Canción
Il s’agit d’un mouvement musical né dans les années 1960 dans plusieurs pays d’Amérique latine (Argentine, Uruguay, Chili, Brésil, Venezuela, Mexique, Guatemala, Nicaragua, Salvador, Cuba…).
Il s’est fondé sur leur folklore traditionnel mais s’est surtout distingué par son fort contenu protestataire, à la fois politique et social : rejet de l’interventionnisme étranger et de la mondialisation, plaidoyer contre les inégalités et pour le respect et la défense des peuples indigènes et des travailleurs.
Ses précurseurs sont notamment ATAHUALPA YUPANQUI en Argentine (cf. ci-après) et VIOLETA PARRA au Chili. En Argentine, la Nueva Canción a été en particulier portée par la figure de MERCEDES SOSA. Avec la fin des différentes dictatures en Amérique du Sud dans les années 1980, les artistes de la Nueva Canción ont enfin pu donner de grands concerts, dont certains sont devenus historiques.
Je vais te parler de quelques-uns des artistes argentins emblématiques de la Nueva Canción, et qui ont incontestablement marqué les esprits et l’histoire musicale du pays.
ATAHUALPA YUPANQUI : Chanteur, poète et guitariste du nord de Buenos Aires, Atahualpa Yupanqui (en quechua, « celui qui arrive de contrées lointaines pour dire quelque chose ») a laissé une empreinte très forte dans le paysage de la chanson folklorique argentine. Ses compositions, qu’elles soient milongas, zambas, chacareras, bagualas ou vidalas, ont été reprises par de nombreux interprètes après lui, en particulier du mouvement de la Nueva Canción. Atahualpa Yupanqui a voyagé très jeune à travers l’Argentine et découvert, à cette occasion, la misère de ses compatriotes des campagnes indiens ou métis, dont il décida alors de se faire le porte-parole dans ses premières chansons. Une seconde exploration, cette fois en Bolivie, a fini de nourrir son inspiration des coutumes et des paysages andins. En 1948, sous la dictature de Juan Perón, il a été emprisonné par deux fois à cause de son appartenance au parti communiste, ce qui l’a ensuite décidé à s’exiler en France. C’est là qu’il a commencé à se faire connaître comme artiste, devenant ami avec Picasso, Paul Eluard ou encore Louis Aragon. Sa notoriété s’est ensuite étendue au cours des années 1960 et l’a amené à multiplier les tournées un peu partout dans le monde.
FACUNDO CABRAL : Originaire de La Plata, dans la province de Buenos Aires, l’auteur-compositeur-interprète Facundo Cabral a eu une enfance très compliquée. Il est pourtant devenu l’un des chanteurs argentins les plus connus. Grand admirateur d’Atahualpa Yupanqui, il démarre sa carrière dans un hôtel d’une station balnéaire. C’est la chanson No soy de aqui, ni soy de alla qui propulse sa notoriété dans les années 1970, et ce au-delà des frontières. Il n’hésite pas à mêler humour, critique sociale, anarchisme et mysticisme dans ses compositions. Mais la dictature militaire qui sévit entre 1976 et 1983 en Argentine, et qui ne voit pas d’un bon œil les chanteurs engagés comme Facundo Cabral, contraint ce dernier à s’exiler au Mexique. Il est nommé « Messager mondial de la Paix » par l’UNESCO en 1996.
JORGE CAFRUNE : Né dans le nord-ouest du pays à Jujuy, dans une famille d’origine syrienne et libanaise, il fait partie des chanteurs traditionnels les plus reconnus en Argentine. Passionné de guitare, il a d’abord créé successivement deux groupes à Salta, avant de mener une carrière en solo à partir des années 1960. Il a notamment cherché à diffuser la musique folklorique des gauchos (gardiens des troupeaux de la pampa sud-américaine). Après un passage en Espagne, il est retourné en Argentine et s’est risqué à interpréter une chanson prohibée par la dictature militaire en place. Il fut plus tard renversé par une camionnette, et on soupçonne qu’il s’agissait en réalité d’un assassinat commandité en haut lieu, sans que cela n’ait jamais pu être prouvé.
MERCEDES SOSA : Cette grande dame de la chanson argentine est la figure de proue de la Nueva Canción. Née à San Miguel de Tucuman dans les années 1930, elle a découvert le chant très tôt, et c’est un concours dans une station de radio qui a lancé sa carrière. Son premier album, qui propose plusieurs chansons folkloriques, a connu un beau succès. Elle a également interprété des poèmes de l’écrivain argentin Félix Luna, des mélodies d’ATAHUALPA YUPANQUI et de la chanteuse chilienne VIOLETA PARRA. Contrainte de fuir la dictature de son pays après le coup d’Etat de Jorge Videla en 1976, elle s’est exilée en France puis en Espagne. Elle est revenue en Argentine en 1982 avant la fin du régime militaire et a organisé un concert à l’opéra de Buenos Aires qui est resté gravé dans la mémoire collective. S’il est une chanson qui a fait le tour du monde, c’est Gracias a la vida. Si tu ne connais pas encore cette mélodie poignante, la voici, ainsi que ma chanson préférée de Mercedes, d’une infinie poésie : Alfonsina y el Mar.
PIERO : Si Piero est né en Italie, il a débarqué dès l’âge de trois ans en Argentine. Il a passé la plus grande partie de son enfance dans la vallée du Rio Negro, dans le sud du pays. Il a découvert la musique assez tôt et s’y est consacré réellement à Buenos Aires à partir des années 1960. Il a démarré sa carrière de chanteur dans le cadre d’un programme télévisé, mais elle décolle surtout dans les années 1970 avec plusieurs chansons devenues très célèbres et qui ont progressivement pris un caractère plus contestataire, intégrant le paysage de la Nueva Canción. A la suite du coup d’Etat de 1976, il a décidé de s’exiler en Italie, puis au Panama et en Espagne, avant de retourner en Argentine en 1981… et d’obtenir, plus récemment, la nationalité colombienne !
VICTOR HEREDIA : Originaire de la capitale, Victor Heredia a passé son enfance dans la province de Buenos Aires et, encore très jeune, obtenu un prix au Festival de Cosquín. Ses chansons engagées mettaient en lumière les difficultés sociales vécues sur le continent et dénonçaient les exactions politiques de la dictature militaire installée à partir de 1976. Il va sans dire qu’elles n’ont pas beaucoup plu à cette dernière, laquelle a cherché à réduire Victor Heredia au silence, en le censurant et en faisant disparaître sa sœur. Les chansons Razón de vivir et Sobreviviendo sont parmi ses plus célèbres.
CESAR ISELLA : Né à Salta, Cesar Isella a d’abord été compositeur et baryton dans le groupe Los Fronterizos à partir de 1956, contribuant largement à sa popularité. Dix ans plus tard, séduit par l’originalité du répertoire et la ligne artistique d’Atahualpa Yupanqui, de Mercedes Sosa et de plusieurs pionniers de la Nueva Canción, il décide de quitter Los Fronterizos pour se lancer dans une carrière solo. C’est en composant la musique Canción con todos, sur les paroles poétiques d’Armando Tejada Gómez, qu’il obtient une reconnaissance au-delà des frontières argentines. En effet, l’UNESCO la désigne alors comme hymne de l’Amérique latine. Malheureusement, la dictature militaire l’interdit de diffusion et va jusqu’à censurer toute production musicale de Cesar Isella. Les récitals qu’il donne dans le mythique Luna Park de la capitale argentine, après son retour en 1983, font partie des concerts ayant marqué l’histoire de la musique argentine. En 2012, il a été nommé dans son pays ambassadeur de la musique populaire latino-américaine.
D’autres artistes ont contribué au mouvement de la Nueva Canción, si tu souhaites approfondir : CUARTETO ZUPAY, OPUS CUATRO, PEDRO Y PABLO et EL QUINTETO TIEMPO.
Pop / folk
La scène pop / folk argentine réserve de jolies pépites qui font désormais partie de mes musiques préférées.
LEONARDO FAVIO fut à la fois réalisateur, producteur, scénariste et acteur de grand talent. Ses films figurent au palmarès des meilleures productions du cinéma argentin. Mais c’est aussi l’un des chanteurs argentins les plus connus des décennies 1960 et 1970, célèbre dans toute l’Amérique latine pour ses ballades romantiques.
DANIEL MELINGO : D’abord chanteur et joueur de clarinette, Daniel Melingo a intégré des groupes de rock protestataire (dont Los Abuelos de la Nada, cf. ci-après) dans le cadre de la dictature militaire qui sévissait alors en Argentine depuis 1976. Dans les années 1980, il est parti en Espagne, a intégré un groupe de punk et enregistré un disque qui oscille entre pop latino, rock, funk et reggae. Mais de retour en Argentine, il se fascine pour le tango canaille et cherche à valoriser cet héritage en enregistrant plusieurs albums en ce sens.
ANDRES CALAMARO : D’abord membre de plusieurs formations musicales, dont le groupe de rock Los Abuelos de la Nada (cf. ci-après), ce musicien et compositeur prolifique a ensuite décidé d’entamer une carrière solo à partir de 1985, puis de former en Espagne le groupe Los Rodríguez, dont les albums connaîtront un grand succès dans plusieurs pays d’Amérique du Sud. Renouant avec le travail en solo en 1997, Calamaro sort alors l’album Alta suciedad qui finira d’assurer sa consécration sur la scène hispanophone, notamment avec le titre Loco. Il ne s’arrêtera pas là et produira de nombreux disques, souvent récompensés par plusieurs prix.
KEVIN JOHANSEN : Il est certes américain, originaire de l’Alaska, mais né de mère argentine et installé à Buenos Aires dès ses 12 ans puis à Montevideo en Uruguay. A ses débuts dans les années 1980, il a intégré le milieu du rock argentin, puis fondé son propre groupe The Nada qui sort son premier album en 2000, mêlant musique latine, pop, rock et funk. Il multiplie les concerts en Amérique latine, en Europe et aux Etats-Unis et connaît un grand succès, notamment grâce à son utilisation des rythmes typiques du tango et de la milonga.
LISANDRO ARISTIMUÑO : Cet auteur-compositeur-interprète de la province de Río Negro, élevé dans un environnement propice à l’art et à la créativité, a démarré très jeune comme chanteur et guitariste et commencé sa carrière en secondant un autre musicien. Il a sorti son premier album après son installation à Buenos Aires et vite rencontré le succès. Il aime à mixer de la musique folklorique avec des sonorités plus modernes (pop, rock et électro).
CELESTE CARBALLO est une chanteuse de rock, de folk et de blues originaire de Buenos Aires, née dans les années 1950. Elle a formé son premier groupe à l’âge de 19 ans avec deux amis (guitare et batterie), mais il n’aura pas duré plus d’un an. Elle a alors commencé à enregistrer des albums qui ont eu une grande répercussion sur la scène musicale du pays. Elle a participé à des émissions de télévision qui l’ont aidé à propulser sa carrière.
CANDE Y PAULO : Voici un duo jazz qui fait des merveilles, de leurs vrais noms Cande Buasso et Paulo Carrizo, originaires de San Juan au nord de Mendoza. Je te fais découvrir ici leur reprise de Barro Tal Vez, proposée en hommage à son compositeur Luis Alberto Spinetta. C’est la chanson qui les a fait connaître, les amenant à sortir leur premier album en 2021. Lorsque j’ai découvert Barro tal Vez, et surtout cette interprétation dramatique et magnifique, je me suis retrouvée sans voix, en apnée, plongée soudain dans des abîmes de tristesse que je ne voulais plus quitter tellement c’était beau, aussi. S’il est une chanson dont on peut dire qu’il s’agit d’un cri puissant arraché du cœur et des tripes, c’est bien celle-ci.
CHURUPACA : Un coup de cœur absolu. Ce groupe de huit musiciens, originaire de Buenos Aires, se nourrit d’une multitude d’influences qui donnent à leurs chansons ce caractère si unique et si savoureux : rythmes argentins et latinoaméricains, mais aussi swing, rock, flamenco, musique klezmer, musique des Balkans, reggae… La voix atypique, chaude, enveloppante, théâtrale et un brin masculine de Juana Aguirre n’y est pas non plus étrangère. C’est d’une folle inventivité, et jamais dénué d’émotion. Je te propose ici trois de leurs chansons que j’adore, car il était impossible pour moi de choisir (même si Aire, plus intimiste, est probablement celle qui me donne le plus la chair de poule à chaque fois).
PEROTA CHINGO : J’aime aussi énormément ce groupe de folk de Buenos Aires, à la base constitué par deux amies d’enfance qui se sont d’abord fait connaître sur internet et les réseaux sociaux, en particulier avec leur superbe chanson Rie Chinito que je partage ci-dessous. Un percussionniste les a rejoints ensuite et elles sont désormais embarquées dans une aventure plus ambitieuse, avec à leur actif deux albums et plusieurs concerts en Amérique latine et en Europe.
ONDA VAGA : Lorsque j’écoute Onda Vaga, groupe de rock alternatif argentin et uruguayen, plein de souvenirs de mon voyage en Amérique latine me reviennent. En particulier en Bolivie, car c’est là que des Argentins m’ont fait découvrir ce super groupe ! Impossible de ne pas ressentir une bouffée d’allégresse lorsque retentissent les premières notes de Mambeado, qui est probablement ma chanson préférée d’Onda Vaga. Il y a chez eux ce cocktail irrésistible et éclectique de rock, de folk, de rumba, de cumbia et de reggae qui a le pouvoir de remonter instantanément le moral. Ils ont clairement mérité de figurer parmi les meilleurs groupes indépendants d’Argentine.
LA YEGROS : Cette chanteuse de Buenos Aires, née de parents originaires du nord de l’Argentine, a entamé sa carrière après avoir été sélectionnée pour chanter dans le groupe De la Guarda, devant des milliers de personnes. Elle a créé le groupe De Martinas, qui cherche à mêler musique traditionnelle (notamment la cumbia qu’écoutait sa mère, le chamamé qu’écoutait son père, la milonga et le carnavalito), pop, électro et rythmes tropicaux. Son album Viene de mí et sa chanson éponyme (que je te partage ci-dessous) ont connu un beau succès et lui ont permis de continuer sur sa lancée et de sortir ensuite deux nouveaux albums.
Je te conseille également deux autres belles découvertes : LAS MAGDALENAS et AINDA DUO.
Rock / ska
La scène rock est extrêmement prolifique et vivace en Argentine. Son rayonnement va bien au-delà des frontières nationales, lui conférant une influence majeure sur le paysage musical latinoaméricain.
EDDIE PEQUENINO : Ce tromboniste de Buenos Aires a démarré dans le jazz et le blues, mais le développement du rock’n’roll aux Etats-Unis l’amène à fonder en 1956 le premier groupe de rock argentin, Mr. Roll y sus Rockers, composé d’une guitare, d’une trompette, d’un saxophone, d’une contrebasse, d’un piano et d’une batterie. Les enregistrements du groupe, fondés sur de nombreuses reprises de Bill Halley et d’autres stars du rock, ont été les premiers de ce genre musical en Argentine. Un peu plus tard, Bill Halley a d’ailleurs choisi Mr. Roll y sus Rockers pour réaliser la première partie de ses concerts à Buenos Aires. Après une tournée en Europe, Eddie Pequenino a décidé d’explorer l’univers de l’humour et de la télévision, également avec succès. Mais il reste célèbre pour avoir été le tout premier rockeur argentin.
SANDRO : Il est connu comme l’Elvis Presley argentin, bien que sa musique en ait différé par bien des aspects. Lui aussi de Buenos Aires, il a reçu les ovations du public lors de son premier spectacle qui a eu lieu dans son école en 1957, en particulier lorsqu’il a été invité à imiter Elvis. Surfant sur la première vague de rock argentin initiée par Eddie Pequenino, Sandro s’est plu à interpréter des classiques du rock en espagnol et à se représenter à la télévision dans plusieurs émissions, en s’habillant et en se mouvant comme Elvis Presley. Artiste prolifique, il a sorti plus de 50 disques qui se sont vendus à des millions d’exemplaires.
LOS GATOS SALVAJES : C’est, là encore, un des premiers groupes de rock argentin avec des paroles en espagnol. Los Gatos Salvajes se sont constitués à Rosario et se sont fait connaître en interprétant sur scène des chansons de Chuck Berry et d’Elvis Presley. Ils ont remporté le premier prix d’un concours de rock, puis ont été embauchés juste après par des chaînes de télévision de Buenos Aires pour animer des émissions musicales populaires. Plus tardivement sera créé le groupe Los Gatos, un peu différent mais faisant partie lui aussi des groupes de rock argentin les plus fameux.
JOHNY TEDESCO : Encore un fervent admirateur d’Elvis Presley, considéré comme le premier artiste à avoir enregistré une chanson de rockabilly (Rock del Tom Tom) en dehors des Etats-Unis, en langue espagnole. Il s’est d’abord fait connaître comme chanteur et guitariste dans un programme de télévision, avant d’être repéré en 1961 par un label qui décide de produire son premier album. Son style est un mélange de rock, de rockabilly, de blues et de country. A part Rock del Tom Tom, son plus grand succès est la chanson Vuelve primavera. Ca tombe bien, je te propose d’écouter les deux dans la vidéo qui suit !
EL TANGUITO : Ce chanteur et compositeur de rock est né dans la province de Buenos Aires et s’est d’abord forgé une réputation de chanteur et de danseur de rock dans des clubs pourtant davantage tournés vers le tango. C’est de là qu’il acquiert son surnom. Par la suite, il a joué de nombreuses fois dans un bar-théâtre mythique de Buenos Aires, La Cueva, qui lui permettra de gagner en notoriété. Il est également un des défenseurs de l’utilisation de la langue espagnole dans la musique rock.
MANAL est considéré à bien des égards comme un précurseur et pionnier du rock argentin. Créé à Buenos Aires en 1968, c’est un groupe de rock mais aussi de blues, chantant en espagnol. Il comprenait dès l’origine trois musiciens extrêmement talentueux qui, à eux seuls, jouaient guitare, basse, piano, clavier, orgue, harmonica et batterie. Ils ont enregistré leur premier album en 1970 tout en participant en parallèle à des projets de musiques de films. Leur musique mêle le rock, le blues, la soul, le bebop, mais aussi des rythmes argentins comme le tango et le candombe.
ARCO IRIS : Considéré également comme un des groupes précurseurs du rock argentin, Arco Iris a vu le jour en 1968, sous l’impulsion de Gustavo Santaolalla. Empreint de mysticisme, il a été l’un des premiers à mélanger rock et musiques folkloriques. Il utilisait des instruments aussi variés que la guitare, la basse, la flûte, le saxophone, la batterie et diverses percussions.
VOX DEI : Ce groupe de rock formé en 1967 se composait à l’origine de quatre musiciens : deux guitaristes et un bassiste, tous également chanteurs, et un batteur. Il a commencé sa carrière en reprenant des chansons de groupes comme les Beatles, les Byrds ou les Rolling Stones, avant de produire ses propres morceaux. Son succès culminera avec l’album La Biblia qui, comme son nom le laisse deviner, s’inspire des textes de la Sainte Bible, et qui les amènera à effectuer plusieurs tournées à travers l’Argentine.
ALMA Y VIDA : Constitué en 1970 à Buenos Aires, le groupe Alma y Vida est le premier à avoir proposé des compositions mêlant rock fusion et jazz. Il comprenait un chanteur et pianiste, un guitariste, un bassiste, un trompettiste, un saxophoniste et un batteur. Il a eu la chance de démarrer sur scène aux côtés de Manal, Arco Iris ou encore Vox Dei, ce qui lui a permis de commencer à enregistrer des singles et des albums qui ont connu un grand succès.
PAPPO fait partie, au même titre que Manal ou Arco Iris, des précurseurs du rock argentin. Chanteur, guitariste et compositeur de grand talent, il n’a pas hésité à s’aventurer dans le blues, le hard rock, voire le heavy metal, ce qui lui a donné une influence déterminante sur la scène rock argentine. Il a d’abord fait partie de groupes déjà constitués comme Los Abuelos de la Nada ou Los Gatos, avant de fonder son propre groupe Pappo’s Blues, puis le groupe de heavy metal Riff.
LUIS ALBERTO SPINETTA est une incontournable figure de proue du rock argentin, même s’il tient une place un peu à part dans cet univers. Guitariste, chanteur et compositeur originaire de Buenos Aires, il a débuté sa carrière à la fin des années 1960 en formant le groupe Almendra, qui conjuguait le rock avec la poésie et les ballades (cf. ci-après). Il a ensuite formé deux autres groupes, dont l’un s’appelait Invisible et est considéré comme un des meilleurs groupes de rock progressif. Il n’a pas manqué non plus de se lancer en solo, sortant quatre albums sous le nom de Spinetta Jade, chacun riches de diverses collaborations. Ses compositions sont reconnues comme étant plus complexes et recherchées que la plupart des autres musiciens de rock argentin, tant du point de vue des harmonies que des paroles, influencées notamment par le surréalisme.
ALMENDRA : Ce groupe de rock fondé par Luis Alberto Spinetta en 1967 est considéré comme l’un des meilleurs de l’histoire du genre en Argentine. C’est avec son premier album studio qu’il a commencé à rencontrer un franc succès, la critique le considérant comme le meilleur album de rock argentin. Son single Muchacha (ojos de papel) est également classé deuxième meilleure chanson de rock argentin de tous les temps.
CHARLY GARCIA est également une légende du rock argentin. Né à Buenos Aires, il a démarré la musique très jeune en apprenant le piano au conservatoire, mais l’écoute des Beatles l’a ensuite détourné de la musique classique. Charly Garcia a alors décidé de se consacrer au rock et fondé plusieurs groupes, dont Sui Generis et Serú Girán. Mais il a également développé avec succès une carrière solo. Il a laissé une empreinte très forte dans l’histoire du rock argentin.
SUI GENERIS : Ce très célèbre groupe de rock argentin de la première moitié des années 1970, fondé par Charly Garcia, a fait ses armes en jouant d’abord un style psychédélique, avant de prendre un tournant davantage pop, rock et folk.
PEDRO AZNAR : Tout comme pour Charly Garcia, ce sont les Beatles qui ont en premier lieu inspiré le petit Pedro Aznar, alors âgé de 7 ans, et qui l’ont amené à envisager une carrière musicale. Il a fondé le groupe de rock Serú Girán en 1978 avec Charly Garcia, puis rejoint le Pat Metheny Group en 1983 avec lequel il a effectué plusieurs tournées à travers le monde. Il s’est ensuite lancé dans une carrière solo riche de 10 albums, sans compter d’autres expériences comme bassiste ou compositeur de musiques de films. Il fait assurément partie des grands noms du rock argentin.
SERÚ GIRÁN :
Est un groupe de rock argentin créé en 1978 et qui se composait de quatre musiciens, dont le pianiste Charly García et le bassiste Pedro Aznar. Le groupe a commencé à rencontrer le succès avec son deuxième album. Il s’est dissout en 1983 lorsque Pedro Aznar a rejoint le Pat Metheny Group.
SODA STEREO : Le groupe Soda Stereo est un géant du rock latino-américain, pionnier du genre dans les années 1980 et 1990, et probablement le groupe de rock le plus célèbre d’Amérique latine. Ce trio originaire de Buenos Aires, mené par le chanteur et guitariste Gustavo Cerati, a d’abord gagné en notoriété en se produisant dans des clubs et des pubs, où il a été repéré par un producteur de rock qui les invitera à signer chez un label. Soda Stereo a sorti son premier album en 1984 et réalisé une série de concerts qui ont suscité d’emblée beaucoup d’intérêt et ont permis au groupe de se faire connaître au niveau national. Le second album, sorti en 1985, est celui de la consécration : il est primé disque d’or puis double disque de platine, et les ventes augmentent de manière exponentielle. Soda Stereo effectue une tournée en Amérique latine, et c’est le premier groupe argentin à le faire. Il connaît l’apogée de son succès au début des années 1990 avec l’album Canción animal, qui comprend la fameuse chanson De música ligera, laquelle deviendra un véritable tube sur tout le continent. Le groupe a vendu plus de 17 millions de disques rien qu’en Amérique latine et son influence sur la scène rock argentine est immense.
VIRUS : Formé en 1980 à La Plata, le groupe Virus est reconnu pour avoir influencé très largement le courant du rock new wave des années 1980 en Argentine, tout comme Soda Stereo ou encore Los Abuelos de la Nada. L’originalité de Virus tient à sa capacité à composer des arrangements sophistiqués et accrocheurs, ainsi qu’au caractère souvent humoristique, pince-sans-rire et très libre (voire transgressif) de ses paroles, lesquelles ne lui ont pas toujours attiré que des éloges mais ne laissaient en tout cas pas indifférent.
LOS ABUELOS DE LA NADA : Le groupe Los Abuelos de la Nada, auquel ont fait notamment partie Pappo, Daniel Melingo et Andres Calamaro à différentes époques, a également laissé sa marque dans l’histoire du rock argentin. Il a connu deux périodes : l’une très courte, de 1967 (date de sa fondation) à 1969, et l’autre à partir de 1981, davantage synonyme de succès, s’appuyant sur des paroles plus légères et humoristiques qui étaient alors dans l’ère du temps. De nombreuses chansons du groupe sont devenues très populaires, encensées par la critique, et on peut dire que Los Abuelos de la Nada s’est progressivement converti en l’un des principaux groupes de rock argentin des années 1980.
FITO PAEZ : Né à Rosario, entre Buenos Aires et Cordoba, c’est l’un des plus grands représentants du rock en Argentine, avec plus de 40 ans de carrière solo à son actif. Chanteur de rock et pianiste, sa carrière a véritablement décollé dans les années 1990 avec la sortie de deux albums qui ont connu un vif succès, se vendant à des millions d’exemplaires. Il a obtenu une multitude de récompenses, dont de nombreux Latin Grammy Awards.
LOS BABASONICOS : Ce groupe de rock argentin, originaire de Buenos Aires, a été fondé en 1991. Il a d’abord fait partie du mouvement nouveau rock argentin des années 1980-1990, avant de devenir le fer de lance du rock sonique. Il s’est forgé une belle notoriété dès la sortie de son premier album, grâce notamment à une collaboration avec Gustavo Cerati, le chanteur et guitariste de Soda Stereo, groupe pour lequel il a d’ailleurs joué en soutien en 1992. Fort de leur succès, Los Banasonicos ont même été invités en 1998 à accompagner le mythique groupe irlandais U2 en concert dans le stade de football Antonio Vespucio Liberti à Buenos Aires !
LOS AUTENTICOS DECADENTES : Ce groupe de rock alternatif, né en 1986, est constitué de nombreux musiciens et aime à fusionner de nombreux genres musicaux : rock évidemment, mais aussi pop, ska, cumbia, candombe, cuarteto, bolero… Il est reconnu comme l’un des plus importants du continent. C’est en 1995 qu’il a vu décoller sa carrière en Argentine et au-delà, avec l’album Mi vida loca, dont plusieurs morceaux deviendront des tubes. Il joue depuis lors sur de nombreuses scènes latinoaméricaines, notamment en Uruguay, au Paraguay, au Chili, en Bolivie, au Pérou, au Venezuela, aux Etats-Unis et en Espagne.
DIVIDIDOS : Fondé en 1988, le groupe Divididos se compose de trois musiciens : un chanteur et guitariste, un bassiste et un batteur. Sa notoriété a surtout grandi à partir de 1993, au moment de la sortie de son troisième album, aux accents plus politiques. Le groupe s’est fait connaître par son mélange de rock et de musique folklorique, cherchant toujours à expérimenter de nouvelles sonorités.
TODOS TUS MUERTOS : Formé en 1985, le groupe Todos Tus Muertos (TTM) est un groupe de quatre musiciens (chanteur, guitariste, bassiste et batterie) qui mêle rock, punk et reggae. Il a démarré d’abord par le punk rock avant d’enrichir sa musique de nouvelles sonorités à partir de 1994 : reggae, hip-hop, rythmes afro-jamaïcains… Il s’est ainsi créé, au fur et à mesure, une identité unique. Ses paroles sont très engagées et évoquent les difficultés sociales traversées par les Argentins, leur volonté de résistance.
LOS FABULOSOS CADILLACS : Ce groupe de ska est probablement l’un des plus importants de la scène musicale argentine. Créé en 1985 à Buenos Aires, il s’est progressivement étoffé jusqu’à compter huit musiciens. Los Fabulosos Cadillacs se distinguent par une musique conjuguant autant de genres différents que le ska, le jazz, le reggae, le funk, la salsa, le mambo, la samba ou encore le calypso. Forts de nombreuses collaborations avec des artistes influents de divers pays, ils ont été amenés à donner des concerts notamment au Mexique, au Chili et aux Etats-Unis.
KARAMELO SANTO : Ce groupe de rock fusion est originaire de Mendoza, dans le centre du pays. Il s’est lancé sur la scène musicale argentine en 1993, rencontrant d’abord un vif succès dans un pub de Mendoza où ils font découvrir un nouveau genre, le rock mestizo (qui s’appellera également plus tard alterlatino). Ils ont en effet à cœur de mixer le rock avec le punk, le ska, le reggae, le folk, la cumbia, le pasodoble, le boléro et la murga. Installés à Buenos Aires pour la sortie de leur deuxième album, ils participeront aux plus prestigieux festivals nationaux comme le Cosquín Rock, puis partiront en tournée à travers plusieurs pays d’Amérique latine, aux Etats-Unis, puis en Europe à partir des années 2000. Jamais un groupe n’a effectué une tournée européenne aussi titanesque, avec plus de 120 concerts donnés un peu partout, en particulier dans le cadre des festivals de rock les plus célèbres.
PATRICIO REY Y SUS REDONDITOS DE RICOTA : Cet important groupe de rock argentin s’est formé en 1976 à La Plata. Il a compté dans ses rangs des musiciens comme Pappo, Charly Garcia et Luis Alberto Spinetta. Il s’est distingué au départ par son déploiement sur scène d’autres formes d’art que la musique (théâtre, ballet…) puis par l’usage de paroles métaphoriques évoquant des sujets comme les femmes, la drogue ou la politique. Il lui a fallu quelques années pour se faire vraiment connaître, notamment grâce à son deuxième album studio Oktubre sorti en 1986. Il a connu l’apogée de son succès en 2000 avec des concerts donnés devant des dizaines de milliers de fans, avant de se séparer en 2001.
LEON GIECO : Ce chanteur et compositeur de rock, né dans la province de Santa Fe, s’est fait connaître par ses chansons très engagées mêlant rock et musique folklorique. C’est un artiste prolifique qui a sorti de nombreux albums, beaucoup évoquant la question des droits de l’homme ou la misère sociale. Son engagement allait d’ailleurs au-delà de sa carrière de musicien, et il était surnommé le « Bob Dylan argentin ».
Électro
Depuis les années 2000, plusieurs groupes mélangent le tango traditionnel avec de la musique électronique (électrotango), et le résultat est très intéressant. Je me concentrerai sur deux groupes qui en font fait leur credo, même si j’aurais pu évidemment explorer aussi d’autres branches de l’électro.
GOTAN PROJECT : Ce trio franco-suisse-argentin s’est formé à la fin des années 1990 et se donne pour objectif de réunir, dans un savant mélange, tango et musique électro (un mix appelé électrotango). Dès leur premier album, le pari est réussi, plusieurs morceaux étant utilisés dans des séries comme Chuck ou Sex and the City. Entre 2006 et 2007, ils se sont lancés dans une tournée internationale entre Amérique latine, Etats-Unis et Europe et ont gagné une belle notoriété. J’aime particulièrement leur titre Diferente.
TANGHETTO : Ce groupe, qui a débuté sa carrière en 2003 à Buenos Aires, est également connu pour opérer une fusion du tango argentin classique avec la musique électro (électrotango), mais aussi d’autres genres comme le flamenco, le candombe, le jazz… Il a sorti une dizaine d’albums, effectué des tournées internationales sur quatre continents (Amérique du Nord, du Sud, Europe et Asie) et reçu de nombreuses récompenses en reconnaissance de son œuvre originale et novatrice.
Musique classique
Outre Astor Piazzolla qu’on a déjà évoqué dans la section sur le tango, certains musiciens argentins se sont distingués parmi d’autres sur la scène internationale. C’est d’eux dont je parlerai dans cette section.
LALO SCHIFRIN : Cet artiste touche-à-tout, à la fois pianiste, compositeur et chef d’orchestre, compte plus de 250 compositions à son actif, dans des registres aussi différents que le symphonique, le jazz ou les musiques de films. Il a démarré la musique dans un cadre très académique, étudiant le piano sous la houlette très stricte du père du pianiste et compositeur Daniel Barenboim. En parallèle, il s’est passionné en secret pour le tango et le jazz (musique alors interdite en Argentine), ce qui l’amènera plus tard à mélanger les genres : musique classique, musique latine, jazz et musiques de cinéma. En 1952, il est reçu au concours d’entrée du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, où il étudiera notamment auprès d’Olivier Messiaen, tout en jouant dans des orchestres de jazz et de musique cubaine dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés. Il a enregistré plusieurs albums de musique latine, joué aux Etats-Unis dans le quintette de Dizzy Gillespie, puis composé des symphonies, du jazz orchestral, et surtout des centaines de musiques de films (Bullitt, L’Inspecteur Harry…) et de séries télévisées (Mannix, Starsky et Hutch…), dans lesquelles il se plaît à métisser la musique classique et le jazz. C’est en composant le générique de la série Mission impossible qu’il acquiert une véritable notoriété internationale. Il a gagné de nombreux Grammy et Emmy Awards, et s’est vu décerner un Oscar d’honneur en 2018 pour son œuvre prolifique et inspirante.
ARIEL RAMIREZ : Compositeur et pianiste, Ariel Ramírez est l’auteur de plusieurs morceaux criollistas très connus (chansons traditionnelles créoles d’Amérique du Sud). Né à Santa Fe dans une famille de musiciens, il a appris le piano en autodidacte, puis accompagné Atahualpa Yupanqui dans son voyage à travers les provinces argentines, ce qui le familiarisera avec la musique folklorique de son pays. Il a joué dans beaucoup de capitales européennes, avant de s’installer à Lima et de jouer dans différentes villes d’Uruguay, du Chili et de Bolivie. Il a fondé en Argentine la Compagnie de Folklore Ariel Ramirez qui cherchait à élaborer de nouvelles compositions inspirées des chants et danses du monde paysan (mouvement nativiste). Sans conteste, son plus grand succès est la Misa Criolla (Messe créole), œuvre religieuse qui utilise des instruments traditionnels argentins et qui s’est vendue à des millions d’exemplaires. La voici ici :
MARTHA ARGERICH : S’il est une pianiste qui, pour moi, surpasse tous les autres, c’est bien Martha Argerich. Pianiste née à Buenos Aires, plus tard naturalisée suisse, elle est considérée comme une enfant prodige du piano (elle était déjà capable à deux ans et demi de reproduire au piano un air qu’elle avait seulement entendu) et l’une de ses interprètes les plus talentueuses. Ces titres ne sont pas usurpés. Son jeu est empreint d’une grande virtuosité technique, mais aussi d’une délicatesse et d’une sensibilité extrêmes. Elle est dotée d’une puissance d’expression lyrique extraordinaire, qui vient vous chercher au fond du cœur… Dès l’âge de dix ans, elle est amenée à jouer un de ses premiers concerts, avant d’émigrer en Europe avec sa famille. Elle y a remporté des concours prestigieux qui ont lancé sa carrière. Son répertoire est extrêmement vaste, même si elle brille tout particulièrement dans l’interprétation de compositeurs romantiques comme Beethoven, Chopin, Liszt, Debussy, Schumann, et encore plus dans celle des compositeurs russes Rachmaninov (mon préféré), Prokofiev, Tchaïkovsky ou Moussorgski. Une merveille !
