Colombie : inspirations musique

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai rédigé cet article sur la musique colombienne, qui reflète selon moi toute la générosité de ce pays, et dont la diversité est proprement ahurissante.

S’il m’est impossible d’être exhaustive, j’ose penser que cet article (nécessairement très long !) en dresse un panorama suffisamment représentatif et qu’il te permettra, je l’espère, d’approfondir tes connaissances sur le sujet.

La musique colombienne est, sans conteste, le fruit d’une histoire complexe, le résultat de métissages nombreux nourris depuis des siècles. Ce qui est fascinant, c’est que ce processus est loin d’être terminé aujourd’hui. La scène musicale de ce pays continue d’évoluer et d’innover sans cesse, de produire de nouveaux artistes et de nouvelles pépites.

Si c’est cette actualité qui t’intéresse plus particulièrement, je te suggère d’aller directement à la rubrique « Rythmes tropicaux ». Mais rappelle-toi que le présent porte en lui l’héritage d’une multitude de traditions et d’influences, qu’il était dans mon devoir de rappeler ici 😊

Musique traditionnelle :

Avant de nous attarder sur les instruments de musique, on va d’abord aborder les différents genres et rythmes traditionnels qui composent le paysage musical colombien.

Il n’est guère surprenant qu’un pays aussi vaste que la Colombie possède autant de styles musicaux différents, la plupart spécifiques à une région du pays. Pour s’y retrouver, il est possible de les répartir en quatre zones géographiques distinctes : Caraïbes, région andine, côte Pacifique et plaines orientales.

Genres musicaux des Caraïbes :

La CUMBIA :

S’il est un rythme omniprésent en Colombie, et en particulier dans les Caraïbes, c’est bien la cumbia ! Elle y est née au 17ème siècle, dans la vallée du fleuve Magdalena à l’est du pays (dépression Momposina), avant de se propager dans d’autres pays d’Amérique latine, en particulier au Mexique, au Panama, au Pérou, en Bolivie et en Argentine.

A l’origine, c’était la musique des esclaves africains, dont les danses et les chants servaient à accompagner les veillées funéraires. S’y est progressivement mélangée la culture des peuples indigènes. Ainsi, la cumbia est le fruit d’un métissage de rythmes africains et de mélodies autochtones.

Cette danse convoque une très grande variété d’instruments de musique, en particulier la gaita (ou kuisi), plusieurs types de tambours (notamment la tambora), la guacharaca, le guache, les maracas… On parle de ces instruments juste après ! 

Le BULLERENGUE :

Ce rythme, caractéristique de la côte caraïbe de la Colombie (Urabá, Córdoba, Bolívar) ainsi que de la province du Darién au Panama, est dérivé de la cumbia. Tout comme cette dernière, le bullerengue trouve ses racines chez les descendants d’esclaves africains, probablement vers Palenque de San Basilio. A l’origine, il avait vocation à célébrer les rites de puberté et la fertilité féminine.

Le bullerengue est différent de la cumbia dans sa chorégraphie. Les hommes et les femmes y ont chacun un rôle bien défini : les premiers sont chargés de jouer les instruments de musique (essentiellement à percussion), tandis que les secondes dansent, chantent et tapent des mains. Traditionnellement, seules les femmes dansent le bullerengue

Deux grandes représentantes du bullerengue, ETELVINA MALDONADO et PETRONA MARTINEZ, ont marqué la scène colombienne. On y reviendra !

Le VALLENATO :

C’est un des genres musicaux les plus populaires de la Colombie, avec la cumbia. Né à la fin du 19ème siècle dans la vallée d’Upar, au nord-est du pays, le vallenato constitue un métissage des cultures indigènes, africaines et européennes. Il est inscrit depuis 2015 au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Le vallenato se compose généralement de quatre rythmes de base : le paseo, le son, le merengue et la puya. Son instrument principal est sans conteste l’accordéon diatonique à boutons. Ce dernier est accompagné par la guacharaca et la caja vallenata (cf. ci-après). On y chante des histoires partagées entre réalisme et imagination, dans lesquelles beaucoup d’émotions différentes sont présentes.

Le MERENGUE :

Le merengue est originaire de la République Dominicaine, où il a vu le jour vers 1850. Un siècle plus tard, le genre s’est répandu en Colombie et au Venezuela. C’est une musique joyeuse et rythmée, en 4/4.

Une formation traditionnelle de merengue comporte un accordéon (qui a progressivement remplacé le marimba), un güiro et une tambora, éventuellement aussi une gaita (une flûte, cf. ci-après) et/ou des cuivres.

En Colombie, le merengue se danse surtout dans les Caraïbes, en particulier dans le département du Magdalena.

Le MAPALE :

Cette danse était exécutée par des pêcheurs africains pour se divertir la nuit après le travail, au rythme des tambours, des battements de main et des chants. Ce sont les esclaves de la conquête espagnole qui l’ont apportée sur la côte caraïbe colombienne, dans la vallée du fleuve Magdalena.

Le mapalé est également dansé aujourd’hui sur la côte Pacifique. Il se caractérise par un rythme binaire, très rapide et frénétique, accompagné en permanence par les battements de mains des danseurs, et symbolise l’érotisme de l’union entre l’homme et la femme.

Le PORRO :

Il semblerait que le porro soit né dès l’époque précolombienne, parmi les groupes de joueurs de gaita (gaiteros) autochtones, puis qu’il ait été enrichi avec des rythmes africains et l’introduction, en sus des tambours et des gaitas, d’instruments à vent européens.

Son origine exacte en Colombie n’est pas certaine, mais il s’est progressivement diffusé à tout le pays à partir des années 1940. Aujourd’hui, il est surtout joué sur la côte caraïbe, dans les départements de Córdoba, Sucre et Bolívar, généralement par des orchestres de salon (orquestas) ou des groupes connus en Colombie sous le nom de groupes papayeras (bandas).

Son rythme en 2/2 est vif et joyeux, mais il n’existe pas de chorégraphie bien définie.

La CHAMPETA :

Ce style musical est beaucoup plus récent que les précédents, puisqu’il a vu le jour dans les années 1980 sur la côte caribéenne, dans les communautés afro-descendantes des quartiers pauvres de Carthagène des Indes. Il s’est ensuite propagé au niveau national.

La champeta est inspirée de différents rythmes africains, antillais et afro-colombiens (bullerengue, mapalé…). La base rythmique, soutenue par la batterie, la basse, les congas et différents tambours, l’emporte clairement sur la mélodie.

La danse s’accompagne de chants joyeux, empruntant un langage populaire et imagé et s’appuyant sur des paroles à fort contenu social (dénonciation des injustices et de l’exclusion et expression des rêves de progrès et de changement).

Le chant ZAFRA :

Il est un peu à part dans ce panorama de la musique caraïbe : c’est le chant de labeur des paysans des régions de Bolivar et de Córdoba. On suppose qu’il a des origines arabes, compte tenu de son nom et des arabesques qu’on peut y entendre.

Il s’agit d’un chant assez spécifique et complexe, avec des changements réguliers de registre, et dans lequel les hommes font usage de certains résonateurs de leurs cavités faciales ainsi que d’effets de glotte. En tout cas, je trouve le chant zafra très pur et émouvant.

Genres musicaux des régions andines :

Le BAMBUCO :

C’est sans conteste le genre musical le plus représentatif de la musique andine de Colombie, bien qu’on le trouve aussi dans une moindre mesure sur la côte Pacifique.

Cette musique aurait été originellement interprétée, soit par des fabricants de céramique, soit par des fabricants de canoë quechuas. En tous les cas, il résulte d’un métissage de traditions indigènes. Le bambuco a joué un rôle majeur dans le processus d’indépendance des nations andines, accompagnant notamment les troupes de libération dans leurs déplacements.

Il s’agit d’une danse très rythmée à trois temps, alternant le 3/4 et le 6/8 et pouvant être également chantée avec des textes en octosyllabes. Elle est interprétée par des duos ou des trios, composés généralement au moins d’une guitare et d’un tiple (cf. ci-après), ou encore d’une mandoline et/ou d’une flûte.

Plusieurs genres musicaux, qu’on va développer ci-après, proviennent du bambuco : le torbellino, le sanjuanero, la guabina et le bunde.

La GUABINA :

On ne sait pas exactement d’où vient la guabina : Santander ? Antioquia ? Bogota ? Une seule certitude : ce genre musical s’est ensuite propagé dans toute les régions andines de la Colombie et y est devenu un rythme très typique.

On peut en distinguer trois types aujourd’hui : la guabina cundiboyacense (Boyacá, Cundinamarca), la guabina veleña ou santandereana (province de Vélez dans le département de Santander) et la guabina tolimense ou grantolimense (Huila, Tolima).

Les principaux instruments utilisés dans la guabina sont le tiple, le requinto, la bandola, le capador, le tambourin et l’esterilla.

La CARRANGA :

Née dans le département de Boyacá, dans les années 1970 sous l’influence du compositeur Jorge Luis Velosa Ruiz (avec son groupe « Los Carrangueros de Ráquira »), la carranga est un mélange de plusieurs genres musicaux autochtones (merengue, rumba criolla, paseo vallenato, bambuco, torbellino) et mexicains.

Cette musique festive, chantée à deux voix (principales et secondaires), fait traditionnellement appel à des instruments comme le tiple, le requinto et la guacharaca. Aujourd’hui, elle inclut parfois également une basse électrique, des timbales, des claves, des congas et des tambours. Les paroles évoquent les valeurs paysannes, l’amour de la campagne, l’écologie, se teintent parfois de critique sociale.

Grâce à des musiciens comme Manuel Sierra, Libardo González, Jaime Castro et Delio Torres, et surtout au groupe Velo de Oza qui l’a popularisé à l’international, la carranga a pris beaucoup d’ampleur jusqu’à aujourd’hui, si bien qu’il existe désormais, dans les villes andines de Colombie, des dizaines de groupes de carranga, des écoles dédiées, des concours…

Le PASILLO :

Le pasillo est né en Colombie dans la première moitié du 19ème siècle, introduit dans le milieu aristocratique de l’isthme de Panama (appartenant alors à la Colombie) par des militaires et fonctionnaires. Il s’est ensuite répandu à la fin du 19ème siècle dans d’autres pays d’Amérique latine : en Equateur, où il est probablement aujourd’hui le genre musical traditionnel le plus populaire, mais aussi au Venezuela, au Panama, au Costa-Rica, au Nicaragua et au Salvador.

Il fut d’abord exclusivement instrumental (d’abord piano, puis tiple, bandola, guitare, parfois complétés par un violon) et interprété dans les grands salons. Mais ultérieurement, alors qu’il gagnait une sphère plus large, il a pris une forme chantée et dansée, s’appuyant sur des textes à fort contenu poétique et romantique.

Le pasillo est inspiré à la fois de la valse autrichienne et de la danza créole. Il a développé des caractéristiques propres aux régions où il s’est développé, et on peut schématiquement en distinguer deux types : le pasillo fiestero (instrumental), qui se caractérise par un rythme rapide et est très populaire dans toutes sortes de festivités, et le pasillo lent (vocal ou instrumental), davantage mélancolique et centré sur le thème de l’amour et des souvenirs.

Aujourd’hui, même s’il est prédominant dans les Andes, on le retrouve dans presque toutes les régions du pays (y compris les îles et la côte Pacifique). Avec le temps, il a été influencé par d’autres rythmes traditionnels, en particulier le bambuco.

La RAJALEÑA :

Il s’agit d’un rythme typique du département de Huila et de certains villages du sud de Tolima, né dans les régions rurales de Tolima Grande.

Le rajaleña emprunte principalement au bambuco, ainsi qu’au joropo et au sanjuanero (ci-après). Il s’appuie généralement sur un rythme binaire, avec subdivision ternaire en 6/8. Il s’interprète avec des instruments comme le tiple, le carangano, la tambora, les maracas, les musiciens recourant régulièrement à l’improvisation. Les thèmes récurrents du rajaleña sont l’aventure et l’amour, avec l’utilisation fréquente de double sens.

Le SANJUANERO :

Le sanjuanero est un genre musical typique des départements de Tolima et de Huila (ancien Tolima Grande). Il a été créé dans les années 1930 par le musicien Anselmo Durán Plazas.

C’est un mélange joyeux de bambuco et de joropo (cf. ci-après), généralement joué dans les festivités de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre (qui ont vu le jour sous l’influence espagnole). La danse figure l’épopée d’une conquête amoureuse, de la phase de séduction jusqu’au mariage.

Le BUNDE :

Les historiens ne sont pas unanimes sur les racines du bunde, que l’on retrouve à la fois dans les régions andines de Colombie, mais aussi et surtout sur la côte Pacifique (cf. ci-après). Il pourrait provenir du rituel du guando, rite funéraire des tribus ethniques précolombiennes, ou bien des wunde, chants traditionnels de la Sierra Leone.

Le bunde des régions andines résulte du métissage de trois rythmes différents : guabina, bambuco et torbellino (cf. ci-après). La chanson la plus connue est le bunde tolimense du compositeur Alberto Castilla.

Le TORBELLINO :

Le torbellino est un rythme populaire que l’on retrouve dans les départements du Boyacá, du Cundinamarca et du Santander. Il est interprété par les paysans, dans les pèlerinages, les fêtes patronales, les mariages et toutes sortes de célébrations communautaires.

Il présenterait des similitudes avec les danses asturiennes et andalouses. Il en existe deux types : un torbellino calme et mélancolique (hauts plateaux andins) et un torbellino plus festif (régions chaudes).

Genres musicaux de la côte Pacifique :

La SALSA :

La salsa… ce rythme fabuleux, riche de multiples influences musicales, et dont je suis tombée complètement amoureuse ! C’est bien simple, chaque fois que je l’écoute ou que je la danse, je me sens soudainement remplie d’une allégresse infinie

Si c’est au Mexique que j’ai commencé à prendre sérieusement des cours, mon envie d’apprendre a surgi avant, précisément en Colombie : trois séances d’initiation et une sortie avortée à la Topa Tolondra à Cali (une institution !) ainsi que quelques merveilleuses et folles soirées au génial bar Donde Fidel à Carthagène des Indes auront suffi à convertir cette idée en une véritable obsession 😊

Je ne vais évidemment pas te détailler toute l’histoire de la salsa, un genre musical qui, à lui seul, pourrait faire l’objet d’une thèse entière. Mais essayons tout de même de donner quelques points de repère.

La salsa est indissociable de l’histoire tourmentée de la colonisation et de l’esclavage. Elle prend sa source à Cuba, avec l’arrivée entre les 16ème et 19ème siècles de plus d’un million d’esclaves africains, les Yorubas, arrachés à leur terre et à leurs familles pour travailler notamment dans les plantations de canne à sucre. La musique, jouée en secret, leur permet de s’évader un peu de leurs difficiles conditions de vie et de labeur forcé.

La salsa telle qu’on la connaît aujourd’hui va émerger progressivement d’un métissage riche et complexe, intégrant de nombreux instruments à percussion africains (congas, bongos, etc.) et empruntant tout à la fois :

  • au son (l’ancêtre le plus évident de la salsa), au guaguanco, à la rumba, au mambo, au cha-cha-cha et à la bomba en Amérique latine et dans les Caraïbes,
  • au jazz, à la soul et au blues d’Amérique du Nord,
  • à la contredanse, à la valse et à diverses danses de salon d’Europe.

C’est dans les années 1950 que la salsa naît véritablement comme genre musical à part entière. Elle connaît alors un réel essor à Cuba et à Porto Rico, en particulier avec la danse casino pratiquée au Tropicana, un très célèbre club de La Havane.

Au même moment, un certain nombre de ressortissants portoricains puis cubains cherchent à migrer aux Etats-Unis, ce qui y favorise l’épanouissement de la salsa, en particulier à New York. Elle s’enrichit alors de l’utilisation d’instruments à vent (trombones, trompettes, saxophones, clarinettes…) et du piano, qui viennent compléter une série déjà longue : bongos, timbales, claves, congas, guïros, maracas…

Plusieurs groupes de salsa se forment et, forts de leur succès, commencent à donner des concerts un peu partout en Amérique latine et au-delà. Dès lors, la salsa s’épanouit également en Colombie et dans de nombreux autres pays d’Amérique latine (Venezuela, Porto Rico, République dominicaine, Mexique…). Mais c’est incontestablement en Colombie qu’elle a connu le plus grand engouement.

Aujourd’hui, force est de constater que l’influence de la salsa en Colombie est immense. Beaucoup d’artistes, d’orchestres et de groupes de salsa sont originaires de Colombie, et je t’en fais évidemment découvrir un certain nombre un peu plus loin dans cet article.

Le pays a développé son propre style, proprement inimitable. C’est tout particulièrement le cas à Cali, qui est considérée comme la capitale mondiale de la salsa et constitue un véritable vivier de chanteurs et danseurs internationalement reconnus ! Il faut en effet observer que la salsa a été le moyen pour beaucoup de « caleños » d’échapper à leur condition, dans un contexte marqué par la pauvreté, les inégalités et la violence urbaine, et d’exprimer leur identité.

La salsa caleña est extrêmement dynamique, tonique et intuitive. Elle mêle beaucoup d’influences musicales, en particulier le boogaloo et le mambo. Elle se distingue par des figures, des tours et surtout des jeux de jambes et de pieds (enchaînements de pointes-talons, notamment) tellement rapides qu’on a souvent du mal à les suivre !

En voici ici un exemple éloquent :

L’ AGUABAJO :

L’aguabajo est un chant traditionnel du Chocó, région qui longe le Pacifique. Il tire ses racines de l’époque coloniale, lorsque les Espagnols cherchaient à transporter les marchandises venues de la côte caraïbe jusqu’au centre du pays, ce qui n’était envisageable que via le fleuve Magdalena.

Pour ramer et manœuvrer les bateaux, ils firent appel à des esclaves africains surnommés bogas. Ceux-ci ont créé les chants boga, dont leurs descendants libérés ont ensuite perpétué la tradition. De là est né l’aguabajo.

Il s’agit d’un rythme en 6/8 chanté et accompagné d’instruments comme le marimba. L’improvisation y a souvent une grande part. La danse est exécutée dans une sorte de longue tresse entre hommes et femmes.

La CONTRADANZA :

Cette danse élégante, très présente dans le sud de la côte Pacifique colombienne, est très probablement dérivée de la contredanse courtoise française (provenant elle-même de la danse country anglaise), au terme d’une longue série d’appropriations et de transfigurations.

Elle fut d’abord popularisée à Cuba au cours du 19ème siècle. Il existe deux théories sur les raisons de son émergence à Cuba : certains pensent que les colons français, installés à Haïti et en République dominicaine à la fin du 18ème siècle, ont dû fuir vers Cuba en 1791 à cause d’une révolte des esclaves, et qu’ils y ont alors apporté des danses nouvelles, parmi elles la contredanse ; d’autres pensent que la contradanza a été introduite à Cuba beaucoup plus tôt, directement depuis l’Espagne, la France ou l’Angleterre, sous l’effet de la colonisation.

Quoi qu’il en soit, la contredanse va évoluer progressivement sous l’influence créole. Elle devient d’abord la contradanza cubaine, caractérisée par deux mouvements lents (paseo et cadena) et deux mouvements rapides (sostenido et cedazo). Puis elle donne naissance à la habanera et au danzón, et plus tardivement au mambo et au cha-cha-cha. Il n’est pas complètement évident de savoir comment la contradanza s’est ensuite répandue en Colombie et dans d’autres pays d’Amérique latine.

Le BUNDE :

Le bunde de la région Pacifique diffère par bien des aspects du bunde andin. Il est traditionnellement chanté dans les veillées funèbres, dans lesquelles il prend des accents joyeux visant à célébrer l’entrée de l’âme du défunt dans le royaume des esprits.

Aujourd’hui, il est joué également dans d’autres circonstances, notamment pendant les fêtes patronales où les afrodescendants se rassemblent dans la rue et font retentir la grosse caisse, les cununos, les guasás, les marimbas, les cymbales, le trombone ou encore le saxophone.

Le CURRULAO :

Le currulao est probablement le style folklorique le plus connu de la côte Pacifique. Comme beaucoup d’autres genres musicaux, il est inspiré de rythmes africains qui ont été apportés durant la période coloniale.

Chanté et dansé, il s’accompagne d’instruments traditionnels, notamment le marimba de Chonta, le conuno, la guasá et la chirimia (cf. ci-après). Il en existe deux genres différents : la juga et le berejú. La séduction homme-femme est un thème inhérent au currulao.

Le MAKERULE :

Les origines du makerule ne sont pas claires, mais on suppose qu’il emprunte à des airs courtois compte tenu de sa lenteur. Il s’agit d’une danse folklorique typique de la région du Chocó, similaire à certaines danses andines.

Genres musicaux des plaines orientales :

Le JOROPO :

Il s’agit d’un genre et d’une danse très typique des plaines du Venezuela et de Colombie, à caractère festif. Ses origines remontent à la moitié du 18ème siècle, et on l’apparente généralement avec le fandango en provenance d’Espagne.

Son tempo est globalement rapide, mais il peut se décliner en différents rythmes au sein d’un même morceau : le paseo (rythme lent), le zumba, le galerón et le golpe (ou seis). Les principaux instruments utilisés sont la guitare, le cuatro, la arpa llanera et les maracas. Ils sont généralement accompagnés de zapateo (battements de talons semblables à ceux du flamenco) et de chansons à couplets prenant parfois la forme de duels chantés (contrapunteos).

Le GALERÓN :

Les origines du galerón sont incertaines, mais il provient certainement d’Espagne. Musique typique des plaines du Venezuela, il s’étend aux plaines orientales de Colombie et est considéré comme le genre musical le plus ancien de cette région.

Il présente une structure semblable au joropo, dont il constitue une variation. Il est surtout écouté dans les milieux ruraux, durant les travaux de la ferme, également interprété au cours de festivités locales, en particulier les veillées et les mariages. Les instruments les plus souvent utilisés dans le galerón sont le cuatro, la arpa llanera et les maracas.

Instruments traditionnels à cordes :

Le TIPLE :

C’est une petite guitare à 12 cordes métalliques (4 paires de 3 cordes chacune qui a été apportée en Colombie au moment de la colonisation. Avec un timbre riche en harmoniques, elle est typique de la musique andine du pays, bambuco et sanjuanero en particulier. Elle est aussi utilisée dans d’autres pays d’Amérique latine, notamment le Chili. Ici une démonstration :

La BANDOLA

Il s’agit d’un instrument à 16 cordes (2 paires de 2 + 4 paires de 3) dérivé de la mandoline, et que l’on joue avec un plectre (médiator). Elle est, tout comme le triple, largement utilisée dans la musique des Andes colombiennes.

Le CUATRO :

Comme son nom l’indique, cette petite guitare ne possède que 4 cordes dont la souplesse permet un jeu d’une grande versatilité. Elle est surtout utilisée dans les plaines orientales de Colombie, en particulier pour le joropo, mais aussi dans d’autres pays comme le Venezuela et le Mexique.

Le REQUINTO :

Là aussi, il s’agit d’une petite guitare à cordes d’acier, semblable au triple (il est d’ailleurs aussi appelé triple requinto). Ses caractéristiques dépendent du pays dont elle provient. En Colombie, elle possède douze cordes réparties en quatre paires de trois. Elle se joue généralement avec un plectre. Elle est surtout utilisée dans la musique andine (bambuco, guabina, pasillo, torbellino, carranga).

La ARPA LLANERA :

La arpa llanera, qui pourrait se traduire « harpe des plaines », est typique de la musique des plaines orientales, en particulier le joropo. Ce sont les jésuites qui, au 20ème siècle l’ont apportée d’Europe au Venezuela, et elle a ensuite fait l’objet d’un processus d’acculturation par les tribus autochtones, qui l’ont adaptée à leur style. Elle est fabriquée généralement en bois de cèdre, de pin ou autres bois solides, et comporte entre 30 et 34 cordes de différents diamètres.

Instruments traditionnels à vent :

La GAITA (ou KUISI) :

Cet instrument, inventé par la tribu des Kogis et des Arhuacos de la Sierra Nevada de Sante Marta, sonne comme une cornemuse. Son corps est fabriqué à partir d’un cactus creux. S’y ajoute une formation de cire d’abeille et de poudre de carbone à l’extrémité où se fixe la tête, laquelle est un appendice cylindrique réalisé à partir du chaume d’une plume de canard. Il en existe une version « mâle » et une version « femelle ». La gaita tient une place importante dans la musique caribéenne, en particulier la puya, le porro et la cumbia.

La CHIRIMIA :

Cet instrument en bois, semblable au hautbois et long de 50 à 70 cm avec une anche simple ou double, a quasiment disparu en Colombie compte tenu de la difficulté de sa fabrication. Il est désormais remplacé par la flauta de carrizo.

Le BOMBARDINO :

C’est un instrument en métal de la famille des cuivres, avec des pistons ou des valves rotatives, semblable au tuba mais plus petit. Son timbre est plus grave que celui d’une trompette ou d’une clarinette. Originaire d’Angleterre, il a traversé l’océan Atlantique au 20ème siècle pour arriver sur la côte caraïbe de Colombie. Il est particulièrement utilisé dans le porro et le vallenato.

La ESTERILLA :

Cet instrument à vent est composé de dix à douze tubes réalisés à partir de cannes reliées avec une corde de fibre végétale (cabuya).

Le RONDADOR :

Ensemble de flûtes de pans en roseau, il se compose d’une succession de tubes fabriqués à partir de cannes de différentes tailles et placés côte à côte par ordre de taille. C’est un instrument typique de l’Equateur, mais il est aussi très présent en Colombie dans les régions andines.

La FLAUTA DE CARRIZO :

Fabriquée avec du roseau en provenance de la région Pacifique, cette flûte se joue latéralement, comme une flûte traversière. Il en existe de différentes sortes. Les flûtes sawawa et massi, notamment, sont utilisées par les communautés wayuu dans la péninsule de la Guajira, à l’extrême nord-est de la Colombie. Voici une démonstration de flûte massi :

La FLAUTA DE MILLO :

Cette petite flûte est faite à partir de roseau, d’écorce de palmier, de millet ou de sorghum. Elle se joue également comme une flûte traversière. C’est l’instrument de prédilection de la cumbia sur la côte caraïbe.

Le CAPADOR (ou CHIFLO) :

Cette flûte, très similaire à la flûte de pan et typique de la région andine, est composée d’une ou deux séries de petits tubes fabriqués à partir de cannes de différentes tailles et reliés entre eux. Par le passé, les autochtones qui étaient chargés de castrer les animaux s’annonçaient dans les villages en jouant de cet instrument, d’où son nom.

La QUENA :

Cette flûte est très répandue dans la plupart des pays andins. Elle est traditionnellement fabriquée en bambou ou en canne, voire en os, en pierre ou en terre cuite, même si aujourd’hui elle peut également être en bois ou en résine synthétique. C’est un instrument qui offre une grande liberté de jeu.

Instruments traditionnels à percussion :

La GUACHARACA :

Cet instrument de la famille des idiophones, qui prend la forme d’un tube, a été inventé par les tribus autochtones du parc Tayrona, sur la côte caraïbe, dans le but d’imiter le chant des oiseaux. Il est fabriqué à partir de troncs de petits palmiers ou de roseau. Il se joue en frottant le tube avec un peigne en fil de fer. La guacharaca est un instrument très présent dans le vallenato et la cumbia.

La TAMBORA (ou BOMBO) :

Il s’agit d’un tambour cylindrique en bois, à double membrane de cuir. Il est principalement utilisé dans la musique de la côte Pacifique et dans la cumbia.

Le CUNUNO :

Ce tambour de forme conique, avec une seule membrane de cuir, est fabriqué à partir de balsa ou de troncs de palmiers. Il est utilisé exclusivement sur la côte Pacifique.

Le GUACHE :

Instrument cylindrique de la famille des idiophones, il est traditionnellement fabriqué à partir de bambou guadua et rempli de graines de capacho (fleur des Caraïbes). Aujourd’hui, on en trouve surtout en acier inoxydable ou en laiton avec des stries, avec à l’intérieur des graines, des petites pierres ou des fragments de verre. On en joue en le secouant en rythme de haut en bas. Il est très typique de la côte caraïbe et est notamment employé dans la cumbia.

La GUASÁ :

De la famille des idiophones, c’est une sorte de maracas sans manche, de forme tubulaire, fabriquée à partir de bambou guadua (ou de métal) et remplie de graines ou de petites pierres. On en joue en le secouant diagonalement. C’est un instrument typique de la côte Pacifique et de la province de Esmeraldas.

La ZAMBOMBA (ou RUNCHO) :

Ce tambour cylindrique de plus ou moins grande taille, à une seule membrane de cuir, est traditionnellement fabriqué à partir d’une citrouille, mais peut également être en bois, en céramique… Un morceau de bois de cèdre est fixé dans la cavité. On le trouve surtout dans la région du Santander (nord-est du pays), en accompagnement de la guabina et du torbellino.

La CAJA VALLENATA :

Petit tambour conique à membrane unique en cuir, il est fabriqué à partir du tronc fibreux d’un arbre dans lequel s’est formé une cavité. Il est, comme son nom l’indique, très utilisé dans le vallenato.

La TINA (ou BASS BASS ou BAJO TINA) :

Il s’agit d’un cylindre de zinc, dont une des extrémités présente un trou au milieu, dans lequel passe une corde tendue par une tige. Le son émane de la vibration de la corde. C’est un des instruments les plus caractéristiques des îles colombiennes.

Le MARIMBA DE CHONTA :

Le marimba, grand xylophone en bois d’origine africaine, est très répandu au Mexique et au Guatemala. Mais il est aussi présent en Colombie ! Le marimba de Chonta est fabriqué à partir du bois d’un palmier nommé chonta. On en joue souvent à deux en frappant les touches (entre 14 et 28 selon les modèles) avec des maillets. Les touches étant suspendues au-dessus de résonateurs en bambou, il en résulte des harmoniques profondes. Il est utilisé sur la côté Pacifique, en particulier pour le currualo.

Le CARANGANO :

Le carangano est un instrument de plus de deux mètres de long, fabriqué à base de bambou guadua. Y est attachée une corde tendue, généralement faite de l’écorce du même bambou, que l’on fait vibrer en la frappant avec un bâton, et sur laquelle est placée une vessie de bœuf gonflée qui sert de résonateur. C’est un instrument de musique utilisé par les Indiens Chocó dans la région Pacifique, également dans le département de Huila, et présent notamment dans le bunde.

Les MARACAS :

Tu connais probablement déjà les maracas, instrument d’origine amérindienne. Elles sont généralement remplies de graines, de petites pierres ou de morceaux de verre. Elles se jouent généralement par paire, en les secouant vigoureusement.

https://youtu.be/O_–7n_z8YI?si=Tbe4fulkI6-0XBEp

La QUIJADA :

C’est un instrument d’origine anglaise, qui est en fait une partie de la mâchoire d’un cheval. Le son est obtenu en frappant la partie large de la mâchoire avec le poing, ce qui fait vibrer les dents, ou en frottant un bâton ou un os directement sur les dents. On utilise la quijada dans beaucoup de régions de Colombie et dans d’autres pays d’Amérique latine, mais on la retrouve surtout dans les îles San Andrés y Providencia, dans la mer des Caraïbes.

Rythmes tropicaux

Laisse-moi maintenant te parler des artistes qui ont fait des rythmes tropicaux leur spécialité. On abordera d’abord les grands noms de la cumbia et de la salsa, puis plusieurs chanteuses et groupes de musique qui cherchent à perpétuer les rythmes traditionnels que l’on vient de voir, dans un style plus ou moins contemporain et plus ou moins revisité.

Cumbia :

ANDRES LANDERO a commencé sa carrière en 1950, participant à de nombreuses célébrations des villes de la région où il est né, au sud de Carthagène. Joueur d’accordéon, il fut lauréat de différents festivals et a alors commencé une tournée dans plusieurs pays d’Amérique latine. Il demeure très populaire et continue d’exister dans la mémoire collective comme le “roi de la cumbia”, ainsi qu’il a été surnommé au Mexique.

ONDA TROPICA : A l’origine, lorsque ce groupe britannico-colombien s’est formé en 2012, il comptait 35 membres. La première fois que j’ai entendu en particulier le morceau Cumbia Espacial, j’ai été subjuguée et je ne m’en lasse toujours pas. Fais-moi plaisir, écoute-moi cette petite merveille !

QUANTIC : Je l’avoue, j’introduis ici un intrus, puisque Quantic est originaire du Royaume-Uni. Mais ce chanteur, de son vrai nom Will Holland, est tellement passionné par les rythmes latino qu’il est venu s’installer en Colombie à la fin des années 2000, plus précisément à Cali. Il mélange intelligemment les genres et propose une belle diversité musicale, même s’il se focalise sur la cumbia. Son morceau le plus connu est probablement sa version de Cumbia sobre el mar :

PUERTO CANDELARIA est un groupe génial de cumbia et de musique tropicale né au début des années 2000 à Medellin. Ils ont participé à énormément de festivals un peu partout dans le monde. Chacun de leurs concerts est également un spectacle visuel où s’invitent le théâtre, la danse, la poésie et l’humour. Pour moi, cela va bien au-delà de la cumbia : il y a aussi des sonorités jazz, swing, cabaret, et c’est peut-être ce qui fait que je suis tombée amoureuse de Puerto Candelaria. C’est beau, fluide, joyeux, coloré, et ça met beaucoup d’allégresse dans les cœurs.

Pour plus de cumbia à la mode colombienne, écoute aussi LA SONORA DINAMITA.

Salsa :

GRUPO NICHE : Ce groupe a été fondé à la fin des années 1970 à Bogota avant de déménager quelques années plus tard à Cali. Il fait partie des légendes de la salsa colombienne, avec des millions de disques vendus et de nombreuses reconnaissances, y compris aux Etats-Unis. Un plaisir pour les oreilles… et pour les pistes de danse !

GUAYACAN ORQUESTA : Si le groupe a été fondé à Bogota, son leader Alexis Lozano (également fondateur de Grupo Niche) vient du Chocó, une région qui longe la côte Pacifique. Guayacan Orquesta est également très connu en Colombie et a contribué à y perpétuer la salsa.

FRUKO Y SUS TESOS : On a du mal à croire que ce groupe originaire de Medellin a mis du temps avant de connaître le succès qu’il méritait. Ce n’est qu’au milieu des années 1970, lorsque JOE ARROYO et PIPER PIMIENTA (cf. ci-après) rejoignent Fruko y sus Tesos, que ce dernier commence à devenir populaire sur tout le continent latino-américain ainsi qu’aux Etats-Unis. Son morceau le plus connu est sans conteste El Preso ; il faut dire qu’il est terriblement addictif !

THE LATIN BROTHERS : Je pourrais probablement écouter Buscandote, un de leurs morceaux, toute la journée. Son point commun avec Fruko y sus Tesos ? C’est la même personne, Julio Ernesto Estrada, qui a fondé ces deux groupes. Compte tenu du succès du premier, il a en effet décidé de créer un nouvel orchestre dans lequel PIPER PIMIENTA devait être le chanteur principal. Lorsque je constate mon égal engouement pour les deux formations musicales, je me souviens alors qu’il y a une raison logique à cela !

JOE ARROYO : Cette icône de la salsa colombienne, originaire de Carthagène et décédé en 2011 à Barranquilla, a d’abord chanté pour Fruko y sus Tesos et The Latin Brothers avant d’entamer une carrière solo à partir des années 1980. S’il est un morceau de salsa que tu entendras partout en Amérique latine, même en dehors de la Colombie, c’est La Rebelión, un morceau complètement irrésistible dont le rythme plein d’allégresse contraste étrangement avec ses paroles très sérieuses, qui évoquent le thème de l’esclavage. Quoi qu’il en soit, c’est un must pour danser et savourer le rythme entêtant de la salsa !

PIPER PIMIENTA : Sabrosa ! C’est le premier qualificatif qui me vient pour décrire la musique de Piper Pimienta, pur caleño (de Cali) qui, comme Joe Arroyo, a d’abord chanté dans le groupe Fruko y sus Tesos et The Latin Brothers avant de lancer son propre orchestre. Il fait indubitablement partie de ces voix qui ont définitivement marqué l’histoire de la salsa colombienne.

YURI BUENAVENTURA : Ses débuts sont singuliers, puisque c’est à Paris, où il décide de voyager au début des années 1990 après son service militaire, que Yuri Buenaventura va se faire connaître comme salsero, allant jusqu’à obtenir un disque d’or. Sa version salsa de Ne me quitte pas de Jacques Brel a connu un franc succès. Je te propose ici une de ses compositions, intitulée sobrement Salsa :

SONORA CARRUSELES : Formé en 1995, ce groupe de salsa de Medellin a depuis gagné en popularité dans toute l’Amérique latine et en Europe. Là encore, c’est entraînant et jouissif !

La 33 : Avec sa dizaine de musiciens originaires de Bogota, La 33 est actif depuis le début des années 2000. Le groupe s’est d’abord lancé dans plusieurs tournées en Amérique latine, avant de commencer à rayonner de l’autre côté de l’océan Atlantique. Il s’inscrit dans une longue tradition de salsa colombienne, entretenant avec brio cet héritage précieux.

SONORA 8 a vu le jour en 2003 à Medellin. Ce groupe nous régale également avec une très bonne salsa populaire.

MAÏTE HONTELE : On pourrait la qualifier de seconde intruse dans cette sélection après Quantic, puisque Maïte Hontelé est néerlandaise. Mais tombée amoureuse de Medellin, elle est restée y vivre à partir de 2009, et ce pendant une décennie entière. Elle y a formé son propre groupe de salsa et a été très bien accueillie par le public colombien. Il faut dire que son amour pour la salsa et la trompette est contagieux.

Autres :

ETELVINA MALDONADO : Chanteuse des Caraïbes née sur l’île Baru au large de Carthagène, elle est une légende du folklore colombien, spécialisée dans le bullerengue et le fandango. On en parle moins que TOTO LA MOMPOSINA (ci-après), pourtant elle a marqué la scène musicale colombienne et possède une voix magnifique.

PETRONA MARTINEZ : Cette chanteuse afrocolombienne de bullerengue a baigné dans ce genre musical depuis toute petite, puisque sa grand-mère et son arrière-grand-mère s’étaient déjà illustrées comme chanteuses spécialisées dans ce registre. Sa propre discographie, extrêmement riche et foisonnante, lui a valu une large reconnaissance au niveau national, et cette grande dame est aujourd’hui une source d’inspiration pour de nombreux artistes colombiens.

TOTO LA MOMPOSINA : Un grand nom de la musique afrocaribéenne ! Dès son plus jeune âge, elle a baigné dans la musique : à Mompos d’où elle est originaire, sa mère chante et danse, son père joue du tambour. Elle s’imprègne très tôt des rythmes et danses traditionnels de la campagne colombienne et entame une carrière de chanteuse dans les années 1960. Une décennie plus tard, elle commence à se produire sur la scène internationale et à gagner en popularité en dehors de la Colombie, en particulier en Europe où elle bénéficie d’une plus grande reconnaissance que dans son propre pays. Ses compositions parlent notamment du dur labeur des femmes et des hommes dans les villages ruraux. Elle collabore avec plusieurs artistes, dont la chanteuse mexicaine Lila Downs (dans la chanson Zapata se queda) et le le groupe portoricain Calle 13 (dans la superbe chanson Latinoamérica que je te partage ci-dessous à côté d’un de ses morceaux solo, un véritable hymne à ce continent et qui n’a cessé de m’accompagner dans mon voyage en Amérique latine en 2021).

MAURICIO & PALO DE AGUA : Ce groupe de musique tropicale s’est lancé au début des années 2000 et s’est notamment distingué avec le titre Niña.

HERENCIA DE TIMBIQUI : Ce groupe se compose de 11 musiciens très talentueux, dont la moitié originaire de la région de Cauca, au sud de Cali. Il cherche à entretenir la musique de la côte Pacifique, en particulier afro, tout en la combinant avec des éléments plus contemporains de pop, de rock et de musique urbaine. Le résultat, c’est une musique pleine de saveur, qui honore magnifiquement la musique traditionnelle colombienne. Un coup de cœur !

LA PERLA est un joli trio de femmes qui a vocation à représenter la musique des Caraïbes en proposant un mix de cumbia, de merengue, de bullerengue et de champeta, sur fond de percussions et de tambours. Elles connaissent un succès grandissant en Colombie et au-delà, se lançant même en 2019 dans une tournée européenne et, en 2022, une tournée à travers tout le continent américain et en Europe (représentation dans de nombreux festivals comme les Vieilles Charrues en France ou le Sziget en Hongrie). Cette chanson est un bel aperçu de leur univers musical :

BOMBA ESTEREO : Ce groupe originaire de Bogota, qui mixe l’électro avec des musiques traditionnelles de Colombie (cumbia, vallenato…), s’est converti en l’espace de quelques années en un véritable phénomène. Son second album Estalla, sorti en 2008, lui a ouvert les portes de l’international, avec des tournées au Mexique, aux Etats-Unis et en Europe, mais c’est avec l’album Amanecer en 2014 qu’ils accèdent véritablement à la consécration. Je n’aime pas tout chez Bomba Estéreo, mais il y a de jolies pépites. Ici par exemple, deux chansons très différentes :

LIDO PIMIENTA : Cette jeune artiste est certes canadienne, mais elle est née à Barranquilla et sa musique éclectique cherche à refléter ses origines afrocolombiennes et wayuu, en y intégrant, outre de l’électro, des éléments de musique traditionnelle (cumbia, bullerengue…). Elle a sorti trois albums depuis 2010. En 2017, elle gagne en reconnaissance avec le prix Polaris, décerné pour son album La Papessa. C’est une chanteuse engagée, qui se présente comme féministe et queer.

SYSTEMA SOLAR a émergé en 2006 et son crédo, c’est de faire danser ! Leur musique mixe le hip-hop et la dance avec beaucoup de rythmes caribéens comme la cumbia, le bullerengue et la champeta. En résulte un joyeux mélange qui n’est pas ce que je préfère, mais qui a le mérite de tenir sa promesse et de porter haut les sonorités et les couleurs de la Colombie.

CHOCQUIBTOWN : Constitué au début des années 2000, ce groupe est originaire de Cali mais ses membres viennent du Choco (côte Pacifique). C’est à Bogota qu’ils ont gagné en popularité. D’une certaine façon, la musique de ChocQuibTown cherche à refléter ces différentes influences géographiques et tente de fusionner hip-hop, ska, reggaeton, salsa et rythmes afro-latino. Etant amoureuse de la salsa, je vous partage cette chanson qui est celle qui me plaît le plus :

Pop

Entre icônes de la pop latino et artistes plus discrets mais prometteurs, je te propose ici une sélection très éclectique et qui ne prétend absolument pas à l’exhaustivité.

SHAKIRA : Avoue, tu l’attendais et tu te demandais pourquoi elle n’était pas encore apparue dans cette sélection 😉 Bon, on ne la présente plus car c’est probablement la Colombienne la plus célèbre à travers le monde ! Cette icône de la pop latino, originaire de Barranquilla sur la côte caraïbe, s’est fait connaître au niveau international au début des années 2000 avec son tube Whenever, wherever (souvenirs souvenirs… juste pour le plaisir, je le partage ici, mais en espagnol). Elle détient le record d’albums vendus pour une artiste colombienne (80 millions !).

JUANES : Que serait cette sélection également sans Juanes ? Impossible que tu n’aies pas déjà entendu sa chanson La Camisa Negra (je te la partage ci-dessous), terriblement entêtante. Ce chanteur et guitariste de Medellin a d’abord formé un groupe de heavy metal (!) avant de se lancer en solo à la fin des années 1990 dans un genre entraînant qui mêle pop latine avec des rythmes colombiens comme la cumbia ou le vallenato. Son premier album est réalisé par un certain Gustavo Santaolalla (dont je vous parlerai sans aucun doute quand on abordera la musique argentine !) et obtient rien de moins que trois Latin Grammy Awards. Les albums qui suivent lui permettent d’obtenir de nouvelles reconnaissances en Amérique latine et au-delà, propulsant ainsi sa carrière.

CARLOS VIVES : Né à Santa Marta sur la côte caraïbe, ce chanteur prolifique a démarré sa carrière dans les années 1990 et a progressivement connu le succès grâce à de belles collaborations, notamment avec plusieurs icônes du vallenato, Shakira, Sebastian Yetra (un autre chanteur colombien de pop), ou encore le célèbre portoricain Ricky Martin. Comme Juanes, Carlos Vives mélange pop, cumbia et vallenato et a gagné de nombreux Latin Grammy Awards. Je te propose ici d’écouter une de ses premières chansons, La Gota Fria :

JUAN PABLO VEGA : Producteur, chanteur et guitariste de Bogota, il a baigné dans la musique depuis tout petit. Après avoir nourri une passion pour le métal durant son adolescence, il s’oriente finalement vers la pop, sort son premier album en 2013 et gagne progressivement en reconnaissance. Son style parfois un peu groovy le distingue, selon moi, des autres chanteurs de pop latino :

MONSIEUR PERINE : Entre pop, swing et jazz manouche, ce groupe créé en 2007 est un ovni dans le panorama musical colombien. Ils se sont fait connaître en se représentant en première partie de concerts d’autres artistes comme Julieta Venegas au Mexique et en réalisant de nombreuses tournées, ont également obtenu le Latin Grammy Award 2015 du meilleur artiste émergent. La voix de sa chanteuse Catalina, qui a fait ses études au Lycée Français de Cali (d’où le nom bien frenchy du groupe, issu de la lecture d’un roman de Michel Houellebecq…), a une délicatesse et une suavité qui collent parfaitement au style. Pour ne rien gâcher, ils jouent du charango, une petite guitare beaucoup utilisée dans la musique andine et que j’affectionne beaucoup. Parce que je les aime vraiment bien, je ne vous propose pas une mais deux chansons de ce très chouette groupe :

LA MUCHACHA :

Attention, énorme coup de cœur ! Originaire de Manizales, au cœur de la région du café, La Muchacha est une artiste accomplie : chanteuse, guitariste, mais aussi illustratrice. Elle lance son premier album en 2018 mais c’est avec le second qu’elle acquiert une véritable notoriété en Colombie. Avec sa voix claire et puissante, elle nous offre une pop/folk très personnelle, délicate, pleine de nuances et d’émotions, qui n’est pas exempte de messages forts. Certaines chansons de La Muchacha sont en effet de véritables plaidoyers pour l’environnement, contre l’exploitation des terres par les entreprises minières, ou encore contre les violences faites aux femmes. Là encore, deux morceaux valent mieux qu’un pour témoigner de l’étendue de son talent :

Tu n’es pas rassasié(e) de pop colombienne ? Alors je t’invite aussi à aller écouter PAULA ARENA, JORGE CELEDON, LUCA ARNAU, ANDRES CEPEDA et SORAYA.

Rock/punk

ATERCIOPELADOS : Ce groupe de rock alternatif qui a vu le jour en 1990 est considéré comme précurseur du genre en Colombie. Il mêle habilement le rock avec des rythmes plus traditionnels d’Amérique latine comme la salsa ou la cumbia. C’est avec son troisième album, La pipa de la paz, qu’Aterciopelados va connaître un succès plus large, au-delà de la scène musicale nationale. Depuis, ils n’ont cessé de sortir de nouveaux albums et de renforcer leur aura. Leurs chansons ont souvent un contenu social, s’élevant contre l’injustice, le bafouement des droits des femmes ou la destruction de l’environnement

KRAKEN est un groupe de hard-rock et métal progressif originaire de Medellin, actif depuis 1984. Leur style me fait un peu penser à The Scorpions, mais leurs influences sont diverses.

KRÖNÖS : Voici un autre groupe de hard-rock et heavy metal, qui s’est formé dans la ville de Cali en 1986 et a obtenu de nombreuses reconnaissances pour son apport au rock colombien.

Tu peux aussi aller écouter DIAMANTE ELECTRICO, THE HALL EFFECT et LOS SUZIOX, entre autres groupes de rock (trop nombreux pour être tous présentés ici).

Electro/house

SIDESTEPPER : Ce groupe des années 1990 ajoutait déjà à l’époque un soupçon d’électro à de purs rythmes afro-colombiens, ce qui en fait un précurseur du genre et une source d’inspiration pour ceux qui lui ont succédé.

MITÚ : Ce groupe est né de la volonté du guitariste de Bomba Estéreo et du percussionniste Franklin Tejedor de jouer ensemble, et propose une électro aux accents tropicaux.

GHETTO KUMBE propose une techno-house 100% caribéenne, avec un savant mix de rythmes et instruments traditionnels (djembé, tambours africains, flûtes…) et de beats futuristes planants.

LA PAYARA : Une électro un peu éthérée et psychédélique, mixée à un soupçon de cumbia, c’est la proposition musicale du groupe La Payara, originaire de la capitale. En voici un exemple :

PERNETT nous vient de Barranquilla. Passionné de percussion, il se plaît à fusionner la musique électronique avec des rythmes colombiens, en particulier des Caraïbes. Je ne suis pas une grande fan mais voici une de ses compositions :

Si tu veux découvrir plus d’électro de Colombie, cherche du côté d’ELA MINUS ou SAVAN.

Autres

MERIDIAN BROTHERS : Ce groupe aime plonger dans l’expérimentation en mélangeant tous les styles, et est tout bonnement inclassable ! Il valait néanmoins la peine, selon moi, de figurer dans cette sélection, ne serait-ce que pour ses compositions un brin étranges et loufoques. Je te laisse en juger par toi-même :

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