Guatemala : inspirations musique

Lorsque que j’ai commencé mes recherches sur la musique guatémaltèque, je dois dire que j’étais, à tort, un peu sceptique. Je m’attendais certes à trouver quelques pépites de musique traditionnelle. J’étais, en revanche, très loin d’imaginer qu’un petit pays comme le Guatemala pouvait regorger d’autant d’artistes incroyables du côté de la musique folk, pop et rock !

C’est pourtant le constat que je fais aujourd’hui, au terme d’une exploration riche et passionnante qui m’en aura appris un peu plus sur la diversité de cultures de ce pays aux très fortes racines maya.

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Comme d’habitude, je ne vise pas l’exhaustivité, et cette sélection (déjà très longue) n’est qu’un aperçu incomplet de ce que la scène musicale guatémaltèque peut offrir. J’espère toutefois que tu seras surpris(e) et charmé(e).

C’est parti !

Musique traditionnelle :

Comme pour le Mexique, la musique traditionnelle guatémaltèque est le fruit d’un métissage culturel, bien que les traditions maya y soient plus prégnantes.

Je ne te présenterai ici que les instruments et les genres les plus typiques, ainsi que la musique garifuna dont la singularité méritait pleinement de figurer dans ce panorama musical.

Le MARIMBA (instrument de musique) :

S’il est un instrument qui symbolise la musique traditionnelle du Guatemala, c’est bien le marimba. Il y est omniprésent, encore plus qu’au Mexique. Il s’agit d’un xylophone originaire d’Afrique, qui a ensuite été apporté en Amérique centrale à la fin du 19ème siècle par les esclaves africains.

Il se compose d’un clavier couvrant entre 4 à 5 octaves, fait de lames en bois de padouk ou de palissandre, ainsi que de résonateurs tubulaires (tuyaux en métal pour les marimbas récents, en calebasse ou en bambou pour les plus anciens), situés au-dessous pour augmenter la durée du son et renforcer les harmonies. Une à quatre personnes debout côte à côte peuvent en jouer en même temps, chacune munie d’au moins deux baguettes, idéalement quatre.

Je te propose d’écouter trois exemples de morceaux dans lesquels les marimbas sont mis à l’honneur, entre autres instruments :

Le SON GUATEMALTECO :

Le son guatemalteco regroupe en réalité beaucoup de sones différents et une large gamme d’expressions musicales, la plupart transmises par tradition orale depuis l’époque coloniale (du 17ème au 19ème siècles). Il résulte d’un métissage de traditions européennes, préhispaniques et africaines. Il emploie divers instruments, certains d’origine maya (tun, sonajas, carapaces de tortue, clarines de madera, tambours et flûtes de barro), certains venus d’Europe (violon, guitare, adufe, harpe).

Ci-après deux morceaux de son guatemalteco interprétés par Luis Juárez Quixtán, ainsi qu’un spectacle dansé.

La GUARIMBA :

La guarimba est un genre musical créé au Guatemala à partir du son guatemalteco et inspiré initialement du rythme du fox trot. Elle s’interprète traditionnellement sur un rythme 6/8, beaucoup plus rapide que le son, avec des marimbas.

La MUSIQUE GARIFUNA :

Les Garifuna sont un groupe ethnique présent sur la côte atlantique de plusieurs pays d’Amérique centrale (Guatemala, Belize, Nicaragua, Honduras), qui tente aujourd’hui de préserver sa culture dans un contexte économique et social de plus en plus compliqué.  

Ils sont les descendants de groupes d’esclaves africains qui, réfugiés dans plusieurs îles des Petites Antilles, se sont progressivement mêlés aux communautés d’Indiens des Caraïbes qui les occupaient avant la conquête espagnole. Ils ont été ensuite obligés de fuir les îles et de rejoindre la côte atlantique.

De ce fait, leur musique, à la fois instrumentale et vocale, à visée rituelle et récréative, résulte de ce métissage amérindien et africain. L’UNESCO l’a classée au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2001. Les tambours et instruments à percussion (membranophones et idiophones), dont la plupart sont fabriqués à la main à partir d’écorce, de bois et de peau d’antilope, y sont prédominants.

La punta est la danse la plus représentative des Garifuna. Elle obéit à un rythme en 6/8. Elle est exécutée pour des occasions festives comme les fêtes patronales, en particulier le 15 mai lors de la fête de San Isidro Labrador, à Livingston au Guatemala.

Chanson ancienne

Je te présente ici quelques chanteurs et chanteuses qui ont marqué le 20ème siècle au Guatemala.

PACO PEREZ était un célèbre chanteur et guitariste guatémaltèque de la première moitié du 20ème siècle, qui a formé le trio Quetzaltecos avec deux autres musiciens. Il est surtout connu pour avoir composé en 1944 une valse intitulée Luna de Xelajú, qui est littéralement devenue une composante clé de l’identité musicale du Guatemala et figure au répertoire de quasiment tous les chanteurs, groupes, chœurs et joueurs de marimba du pays. Je te fais découvrir cette mélodie ici :

TANYA ZEA est une chanteuse et compositrice de la deuxième moitié du 20ème siècle. Elle s’est fait connaître en représentant son pays à Acapulco en 1974 dans le cadre du festival de l’organisation de télévision ibéroaméricaine (ITO), ce qui fait d’elle la première guatémaltèque à représenter le Guatemala à un concours de niveau international. Elle a gagné plusieurs autres prix dans différents pays d’Amérique latine et aux Etats-Unis.

GLORIA MARINA : Cantatrice et actrice (entre autres talents), elle a d’abord connu le succès comme chanteuse dans les clubs guatémaltèques puis sur les planches de théâtre, avant de percer au-delà de son pays natal. Elle compte désormais derrière elle plus de 40 ans de carrière.

Pop romantique

RICARDO ARJONA : C’est probablement l’auteur-compositeur-interprète guatémaltèque le plus connu à l’international. Il n’hésite pas à proposer des textes engagés et a obtenu beaucoup de distinctions. Si la pop est son genre de prédilection, il essaie parfois d’intégrer d’autres styles, en particulier le rock, le folk et la musique cubaine.

TAVO BARCENAS : Ce chanteur, qui a baigné dans la musique depuis tout petit et a d’abord joué dans un groupe pendant dix ans, se spécialise dans le pop/rock. Sa musique est sans prétention, pas forcément très originale, mais très agréable à écouter.

CARLOS PEÑAS : Le vainqueur de la deuxième saison de l’émission Latin American Idol est un chanteur de pop/rock reconnu au Guatemala. Le côté rétro/jazzy joyeux de cette chanson est très plaisant :

FABIOLA ROUDHA : Chanteuse de pop, soul et R&B, elle s’est fait connaître en faisant la première partie de plusieurs concerts et en participant à des émissions de téléréalité. Même si son style plutôt convenu n’est pas ce que je préfère, sa voix chaude, profonde et un peu planante a quelque chose de très intéressant qui a su capter mon attention.

Dans ce genre musical, tu peux également aller frotter tes oreilles à EL TAMBOR DE LA TRIBU, PEDRO CUEVAS, TUCO CARDENAS, STEPHANIE ZELAYA, SOFIA COMPARINI ou encore FLAMINIA.

Folk

SARAH CURRUCHICH est assurément mon coup de cœur de cette sélection, une merveilleuse découverte que je t’invite à écouter de toute urgence ! Chanteuse et compositrice d’origine maya, fervente militante pour la défense des droits des femmes et des villages traditionnels du Guatemala, elle a démarré sa carrière dans un groupe local de marimba uniquement composé de femmes, « Teclas en Armonía ». Ses chansons mélangent l’espagnol avec sa langue natale, le dialecte maya cakchiquel, et ont pour thème la tolérance, le respect de la nature, la mémoire des peuples mayas, la résistance contre la discrimination, l’oppression, la violence et la corruption, en particulier celles des multinationales qui assassinent des leaders autochtones pour la seule raison que ces derniers se sont risqués à dénoncer leur occupation forcée de certaines terres ancestrales. Elle a sorti son premier album « Somos » en 2019 et connaît un succès grandissant. En plus d’être douce, sensible et généreuse, sa musique est un superbe métissage des traditions et des sonorités du Guatemala. J’ai été complètement conquise par la pureté et l’authenticité de sa voix et de son message. Je te partage ici une de ses compositions qui m’a beaucoup émue, mais je te recommande également d’aller écouter la ballade qui l’a fait connaître au Guatemala, intitulée “Ch’uti’xtän”, ainsi que la​ chanson “Resistir”.

GABY MORENO est une touche-à-tout. Compositrice, chanteuse, guitariste, mais aussi productrice de films, elle excelle dans le blues, le jazz et le folk. Elle s’est forgée une réputation en chantant notamment avec Richard Arjona (cf. ci-après), Hugh Laurie, Chris Thile, ou encore Tracy Chapman. Elle a dans sa voix, pleine de nuances et d’intonations puissantes, ce vibrato si caractéristique des interprètes hispanophones qui me fait littéralement trembler d’émotion. Je te laisse te faire ton propre avis avec cette magnifique interprétation :

DOMINIQUE HUNZIKER : Cette jeune artiste guatémaltèque de 25 ans, très prometteuse, compose de jolies musiques aux accents folk en espagnol, en anglais et en français. J’ai été subjuguée dès la première écoute par sa voix enfantine et aérienne, légèrement voilée, ainsi que par sa justesse d’interprétation. Après avoir démarré sur de petites scènes de concert à Guatemala City, Dominique Hunziker s’est faite remarquer dans plusieurs festivals nationaux. Elle a depuis déménagé en Suisse pour étudier la musique. Elle y a fondé un duo avec Luca Musy (joueur de marimba) qui interprète des chansons traditionnelles d’Amérique Centrale. Elle est également chanteuse dans le groupe de trip-hop Minus One et collabore avec El Búho, Teva Mana et La Lue. Je fais le pari que tu seras autant charmé(e) que moi !

Pop/rock

CABALLO LOCO est un groupe de rock classique et psychédélique qui a connu un grand succès dans les années 1970. Ils se sont illustrés dans beaucoup de concerts grâce à leur talent et leur énergie contagieuse.

CUERPO Y ALMA a été fondé par Marco Antonio Luna García, lequel est considéré comme une légende du rock au Guatemala (malheureusement décédé en juin 2022). D’abord influencé par les compositions de Led Zeppelin et Black Sabbath, le groupe a réellement commencé à se distinguer dans les années 1970 en créant un nouveau genre musical, le sonrock, une fusion entre le son guatémaltèque et le hard-rock.

RADIO VIEJO s’est constitué en 1979 et, fort d’un succès grandissant, s’est produit non seulement au Guatemala mais aussi sur la scène internationale (jusqu’à Taïwan !). Le groupe, qui a depuis déménagé à Los Angeles, continue de sortir des albums aujourd’hui et cherche constamment à se renouveler.

ALUX NAHUAL : Tout comme Radio Viejo, le groupe se forme en 1979, sous l’impulsion d’Álvaro Aguilar. Avec une large discographie, il acquiert progressivement une notoriété sur tout le continent latinoaméricain. Le groupe s’est officiellement séparé en 1999 mais continue régulièrement de se reformer le temps d’un concert.

RICARDO ANDRADE : Fondateur des groupes Stress o Estrés et Los Últimos Adictos, Ricardo Andrade est un guitariste et compositeur hors pair, figure incontournable de l’histoire du rock guatémaltèque.

LA TONA : Créé dans les années 1990, c’est un des groupes de pop/rock les plus reconnus du Guatemala. Leurs mélodies, assez simples, présentent souvent des paroles profondes et un message social. Le mot “tona” signifie “soleil” en langue nahuatl et ferait référence à l’énergie qu’ils déploient. En tout cas, on écoute ce groupe avec plaisir !

BOHEMIA SUBURBANA : Ce groupe de rock alternatif fondé dans les années 1990 a de quoi se vanter avec ses 25 ans d’ancienneté, 5 albums, une nomination aux Latin Grammy Awards et des concerts donnés dans différents pays d’Amérique latine ainsi qu’aux Etats-Unis. Un succès mérité !

VIERNES VERDE : Encore un groupe de rock guatémaltèque formé dans les années 1990, une décennie prolifique ! Eux aussi se sont produits dans plusieurs pays d’Amérique latine et aux Etats-Unis, et sont très reconnus au Guatemala.

FRAAEK : Ce groupe de rock alternatif est un ovni musical. Avec son usage des synthétiseurs et des sons électroniques, et la voix nasale de son chanteur, il me rappelle un peu Placebo, avec en plus ce petit côté planant et éthéré qui me séduit beaucoup. Jette aussi un œil au groupe MOZ, un cousin de Fraaek (deux membres en commun), c’est plutôt épatant ! Allez, parce que je suis de bonne humeur, je te mets également une vidéo de cet autre groupe 😉

SOBREVIVENCIA : Ce groupe de rock atypique, qui cherche à préserver et à valoriser les cultures maya, chante en espagnol, mais aussi dans les dialectes mam, achi et cakchiquel. Il mêle habilement le rock avec une musique plus traditionnelle. Une curiosité à côté de laquelle tu ne devrais pas passer !

Pour encore plus de pop/rock guatémaltèque, je t’invite à aller écouter également VIENTO EN CONTRA, MALACATES TREBOL SHOP, WOODSER et RAZONES DE CAMBIO.

Autres

GRUPO RANA est un groupe de merengue emblématique du Guatemala, qui s’est surtout fait connaître dans les années 1980. Il comprend une dizaine de membres, lesquels ont varié au fil du temps. Ce morceau, comme tant d’autres, est irrésistible !

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