Nikkō : le sanctuaire Tōshō-gū

Après trois jours à Tōkyō, c’est parti pour une excursion à Nikkō ! La météo est moins au rendez-vous que les trois jours précédents. Le ciel est plombé et il ne faudra pas trop compter sur le soleil. Mais qu’importe, je suis toute excitée ce matin-là.

Le site de Nikkō, situé à environ 140 kilomètres au nord de Tōkyō, est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1999. Il regorge de temples et de sanctuaires, tous plus incroyables les uns que les autres. Haut lieu de pèlerinage sous l’ère Edo (1600-1868), il est un témoignage extraordinaire d’une partie de l’histoire japonaise, en particulier du shogunat Tokugawa, une famille et dynastie qui dirigea le Japon à cette époque.  

Une gaijin face aux subtilités du train japonais

Il faut environ deux heures de train pour rallier Nikkō depuis Tōkyō. Mon trajet se passe tranquillement, sans anicroche. C’est en arrivant à la gare de Nikkō que je rencontre un problème. On m’indique en effet que je dois payer mon billet de train, alors que je pensais que le trajet était compris dans mon abonnement JR Pass. Je dois m’acquitter de 2 000 yens.

Dans l’incompréhension s’agissant d’un billet réservé par les équipes de Japan Rail, je demande gentiment à un guichet s’il est possible d’annuler ma réservation de siège pour le trajet retour, prévu sur la même ligne. L’homme au guichet parle bien anglais, est très serviable. Il m’explique qu’il s’agit de la Togu-Nikko line, qui n’est pas opérée par Japan Rail. Il comprend aussi que j’ai été mal renseignée. Il échange avec un de ses collègues pour être sûr de la marche à suivre. Après une longue, très longue discussion en japonais entre les deux hommes (encore une source d’étonnement pour moi, mais mieux vaut attendre patiemment…), il m’accompagne vers le ticket office de la gare JR pour que je puisse annuler ma réservation retour… et être remboursée des 2000 yens acquittés pour l’aller ! Plus que ce que je pouvais espérer, donc. Ouf, me voici rassurée…

Je commande un bus pass pour la journée : 2 000 yens, soit la somme qui vient de m’être remboursée (ce qui vaudra un échange de sourires amusés avec la dame du guichet)… Après toutes ces péripéties, et 20 minutes de trajet en bus, j’atteins le pont Shinkyō et le site des temples.

Le calme pont Shinkyō, beauté vermillon

Le pont sacré Shinkyō est un pont en bois laqué vermillon, d’une longueur de 28 mètres. Sa traversée durant l’époque d’Edo était réservée au shogun et aux messagers de la cour impériale.

Le temple bouddhiste Rinnō-ji et ses 3 bouddhas d’or

J’ai consacré ma première visite à Nikkō au temple bouddhique Rinnō-ji, fondé il y a 1 200 ans. Sa façade était malheureusement en réfection. A l’intérieur, trois gigantesques statues de bouddhas de 8 mètres de haut, en bois doré, très impressionnantes. Il était toutefois interdit de prendre des photos.

Devant le Rinnō-ji, cette fontaine ornée d’un dragon a attiré mon attention :

Le sanctuaire Tōshō-gū, ostentation discrètement cachée entre montagnes et forêt

Ensuite, direction le trésor de Nikko : le Tōshō-gū, un sanctuaire shinto dont la magnificence est encore renforcée par la splendeur de son écrin naturel, d’immenses cèdres, pins, cryptomerias, plusieurs fois centenaires.

Après le grand torii (portail traditionnel japonais) qui marque l’entrée des lieux, on découvre une pagode à cinq étages (le gojūnotō) construite en 1648 et qui, partiellement détruite par un incendie, a été complètement restaurée en 1818. Son style d’inspiration chinoise, un brin ostentatoire, tranche avec l’habituelle sobriété japonaise.

Puis on entre véritablement dans le sanctuaire par l’Omotemon, une porte encadrée par deux imposants rois Deva…

Dans le sanctuaire Tōshō-gū, la première cour est occupée par plusieurs bâtiments finement décorés :
trois maisons de stockage (Sanjinko), dont l’une arborant des sculptures d’éléphants « imaginaires », assez surprenants 🐘 ;
– l’écurie sacrée (Shinkyusha), ornée de sculptures de singes, notamment le trio célèbre représentant les trois principes du bouddhisme Tendai :        “Ne pas regarder le mal, ne pas le dire, ne pas l’écouter” 🐒

Sous les grands arbres, la mousse reprend ses droits et envahit les nombreuses lanternes de pierre disséminées sur le site…

Au bout de la première cour, derrière le premier torii en bronze construit au Japon, se trouve la plus célèbre porte du sanctuaire Tōshō-gū. Il s’agit de la majestueuse Yomeimon (Porte du Diamant), dont les ornements dorés et nacrés, ainsi que le foisonnement des détails, sont une véritable splendeur ! Cette porte marquerait l’endroit où les samouraïs de rang inférieur devaient patienter jusqu’à ce que leurs supérieurs soient reçus par le shogun

De chaque côté, des alignements de lanternes de pierre et des décors prolifiques, figurant des oiseaux.

Dans l’enceinte du Tōshō-gū, le raffinement à son paroxysme

Dans la seconde cour du sanctuaire Tōshō-gū (la cour intérieure, de son nom Gohonsha), derrière la Yomeimon, se trouve le pavillon principal, le      Hon-Den, dont l’entrée est marquée par une troisième porte, la Karamon. Ici, tout est magnificence et se passe complètement de mots : débauche de dorures, de nacre, de couleurs

Impossible de ne pas s’émerveiller également devant les autres bâtiments qui entourent le visiteur. Ou devant cette autre porte baptisée Sakashita-mon, sur le fronton de laquelle veille un chat endormi sculpté dans le bois, le très célèbre Nemuri-neko

Tandis que je me tenais un peu perplexe devant de gros cylindres en papier, décorés de dessins et alignés contre un mur, un Japonais m’a demandé si je comprenais ce que c’était. Je lui ai répondu que non et il m’a alors expliqué que c’était des tonneaux de saké.

La conversation s’est engagée, il était très poli et agréable. Je lui ai demandé d’où il venait, lui aussi. Je lui ai dit que ne parlant pas japonais, il y avait beaucoup de choses que je ne comprenais pas et que ça me rendait triste. Il m’a alors dit : “Mais vous ressentez quelque chose, n’est-ce pas? Vous ressentez quelque chose dans cet endroit?”

Et oui, effectivement, je ressentais quelque chose de fort, peut-être pas religieux, mais un profond respect dans ce lieu imprégné d’histoire et de spiritualité, une impression de communion avec la nature, le sentiment d’être toute petite, une infime poussière dans cet univers. Tout cela, je ne savais le dire en mots, alors j’ai simplement murmuré, touchée par la question : “Oui”. Puis je lui ai dit que j’avais été heureuse de parler avec lui, que je le remerciais pour ses explications. Une brève mais belle rencontre.

L’élégante sobriété du mausolée de Tokugawa

Toujours dans le sanctuaire Tōshō-gū, une volée de marches en pierre mène, au milieu de cèdres gigantesques, à l’Okumiya, le magnifique tombeau du shogun Tokugawa Ieyasu !

Ce mausolée a été érigé à l’époque Edo, en 1617, conformément aux derniers voeux de Tokugawa Ieyasu avant sa mort. Ce dernier, artisan de l’unification du Japon après une longue période d’instabilité et d’affrontements, souhaitait continuer à être vénéré comme le gardien du maintien de la paix au Japon. 

Le mausolée est ainsi devenu un haut lieu de pélerinage. Son austérité tranche avec le faste des bâtiments du Tōshō-gū.

Japon Nikko sanctuaire Tosho-gu

Le musée du Tōshō-gū, gardien de trésors

En 2015, un musée a été ouvert sur le site du sanctuaire afin de commémorer les 400 ans de la mort de Tokugawa Ieyasu. Il propose une collection absolument magnifique constituée de plusieurs effets personnels du shogun (armures, sabres, matériel d’écriture…) et de superbes œuvres d’art (gravures, dessins, peintures…). On en prend plein les mirettes !

Alors que je flâne dans le bâtiment, mon oeil est attiré par une scène un peu étrange, digne d’une pièce de théâtre ou de danse. Je ne sais ce que faisait exactement ce couple, vêtu de costumes traditionnels. Mais ils étaient beaux, et j’ai eu envie d’immortaliser ce moment.

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